Publié dans Le changement, c'est doucement, Papotage

Le Réveil de la force (hippie)

Je suis le genre de personne qui déteste le changement. Bon, disons-le honnêtement, je fuis le changement. Ça m’insupporte, ça me file la gerbe et me colle de l’herpès. J’ai à peine 28 ans, et, je l’avoue, j’aime mon petit carcan quotidien, mes petites habitudes de mamies. Je ne suis pas le genre de fille qui fait les choses sur un coup de tête, qui organise quoique ce soit au dernier moment ou sans un long cheminement intellectuel. D’une parce que ça me déstabilise totalement. De deux parce que qui dit changement, dit sortir d’un longue et indéfectible habitude de « procrastination ».

Alors, si deux ans plus tôt, on m’avait dit qu’en 2016, on obtempérerait un si gros changement, je me serais tout simplement marrée. Et, si en plus, on m’avait sorti que tout partirait d’une résolution de nouvelle année, je me serai étouffée avec ma gorgée de bière/vin/champagne…
Je ne prends jamais de résolutions, pour la simple et bonne raison que j’ai pris la bonne résolution, il y a de ça 5 ans, de ne plus prendre de résolutions. D’ailleurs, bizarrement, c’est la seule résolution que j’ai réussi à tenir dans le temps.

Pourtant, cette idée me trottait dans la tête depuis un certain temps, les sujets polémiques se multipliaient au fur et à mesure des mois. Un scandale sur tel ou tel produit explosait d’année en année. Cependant, l’ampleur de la tâche, et surtout du changement me semblait beaucoup trop importants, peut être même, insurmontables. Mais, par dessus tout, il fallait passer au dessus des habitudes, et comme on dit, « les habitudes ont la vie dures ». Des habitudes que l’on avait prises, l’un comme l’autre, depuis que nous étions petits. Des habitudes, des manies auxquelles on ne réfléchissait même plus et qui étaient devenues machinales.

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J’étais enceinte de L. lorsque qu’un article (l’article de trop?) sur les ingrédients contenus dans les produits pour bébé est paru. Je ne pouvais plus faire comme-ci. Je me suis donc penchée sur le sujet et au fur et à mesure que je me renseignais, que je lisais, je tombais dénue (bon je me doutais déjà qu’il y avait anguille sous roche, mais peut être pas à ce point). Bien évidemment, je connaissais les vilains « paraben », « phtalates », « silicone », etc. Je les fuyais comme la peste. Je me sentais à peu près protégée. Sauf que, non. Malgré nos efforts, les produits que nous utilisions au quotidien, depuis notre enfance, comme une routine, nous empoisonnaient à petit feu. Et pire, empoisonnaient également notre planète. On peut se ficher de sa santé, mais pas de l’environnement et encore moins de la planète.

Il fallait que ça change. Il fallait que l’on change.

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Nous nous sommes alors dit, que le début d’année serait un parfait point de départ. Je dis « nous » car dans l’histoire, Mr Stache a suivi l’aventure. Je pense que c’est important d’être deux pour affronter un tel changement. On se dit que ce n’est rien, que ça va être simple. Aujourd’hui, je peux, je pense, affirmer le contraire. A chaque fois que l’on retournait une étiquette, la liste des produits à rayer de notre quotidien se multipliaient.

Janvier est arrivé, il était temps de faire du tri. L’ampleur de la tâche était assez inquiétante, et il allait falloir opérer cette aventure de manière méthodique.

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Nous nous sommes d’abord attelés à la salle de bain et plus particulièrement aux produits d’hygiène. Un an après, je ne regrette pas la méthode que nous avons mise en place.
Rien ne sert de vouloir tout faire en même temps, tout d’abord parce que ça prend du temps, mais aussi parce que, on ne va pas se mentir ça coûte de l’argent de devoir refaire son stock de produits.

J’ai d’abord fait un énorme travail de tri : d’un côté, jeter tous les produits périmés (et Dieu sait qu’il y en avait) et de l’autre donner les produits dont nous n’aurions plus l’utilité (oui je donne mon cancer en bouteille aux autres, je sais). Arrivé à ce stade, il ne nous restait pas grand chose. Après avoir terminé gels douche, shampoings, dentifrice et maquillage en cours, nous avons acheté des produits bio et sains. Et, surtout, nous avons réduit, bon ok, j’ai réduit (divisé par 5, je dirai) mes achats pour la salle de bain. Terminé les  12 shampoings à peine entamés qui s’entassent sur le rebord de la baignoire, bye bye laque, gel et autres produits aérosols… Désormais, je me pose la question suivante « en ai-je réellement besoin? ».

Dans notre salle de bain, on trouve – je ferai un article plus complet – :
Pour moi : 1 savon, 1 shampoing, un savon solide pour me laver le visage, 2 huiles végétales (visage et corps) et des huiles essentielles, un déo solide.
Pour le maquillage : un fond de teint, une poudre, un crayon, un mascara et du fards à paupière (pas bio, je l’avoue, mais à 50€ la palette, je ne me sentais pas de m’en séparer), un démaquillant et des débarbouillettes.
Pour Mr Stache : un savon, déo solide maison.
Pour les enfant : savon solide, une huile végétale d’amande douce, crème pour le siège (pour L.), du liniment oléo-calcaire maison, des débarbouillettes.

J’ai également énormément réduit ma consommation de médicaments « industriels » et préféré les médecines douces, et notamment l’aromathérapie qui marche étonnement bien sur ma SPA.

Les concessions ne sont pas toujours évidentes à faire et il faut dire au revoir aux habitudes/clichés bien ancrés. On oublie les odeurs de bonbons gélifiés dans le gel douche, de fleurs rose de l’Himalaya dans les cheveux. On dit bye bye aux gels douche et shampoings qui moussent, qui moussent! C’est une habitude à prendre, mais au départ, c’est un peu déconcertant, quand on a toujours été habitué à « si ça mousse, c’est que ça lave! ».

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Au tout début nous achetions, mais, avec le temps, Mr Stache c’est vraiment pris au jeu et s’est transformé en « Jean-Michel DoItYourself ». En juin, nous avons tenté l’expérience du déo maison (terriblement efficace), et, depuis septembre, nous nous lavons avec un savon solide qu’il fait maison. La semaine prochaine, on tente le shampoing solide home made. On fait d’une pierre, deux coups, par la même occasion : on réduit un maximum nos déchets, puisque tout est quasiment solide et donc contenu dans des bocaux soit en verre soit en métal, ou bien dans des bols (pour les savons).

Résultat : cela doit faire 7 ou 8 mois que je n’ai pas mis les pieds au rayon hygiène et beauté de notre supermarché.

Une fois que la salle de bain a fini de subir le joug de notre chasse aux produits chimiques et dangereux, nous sommes passés aux produits ménagers. Là, rien de bien compliqué, mais il faut bien se renseigner, et apprendre en lisant. Pour faire le ménage efficacement pas besoin de Mr Propre, juste d’huile de coude, de produits de base naturels et surtout pas chers!
Aujourd’hui, absolument plus aucun produits ménagers industriels ne traîne chez nous. Bon, Jean-Michel DoItYourself y est pour beaucoup : lessive, produits vaisselle et lave-vaisselle, produits « désinfectant », « anticalcaire », tout est home made, by Sir Jean-Michel, of course!

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S’en sont, par la suite, suivis de gros changements alimentaires, mais ça c’est une autre histoire (je vous en reparle très vite).

Le changement n’est pas simple mais avec un minimum d’organisation, il se fait facilement et coule de source, un petit changement en entraînant un autre, et ainsi de suite.
Il faut se mettre un bon coup de pied, mais, aujourd’hui, quasiment un an après, je ne regrette en rien notre décision. Les résultats sont là et on ne culpabilise plus de mettre ou d’utiliser des produits pas forcément clean sur nos enfants.
De mon côté, mon eczéma (que j’ai depuis la naissance) et mes allergies ont presque totalement disparu. E. et moi faisons beaucoup moins de crises d’asthme.

Beaucoup pensent que le « bio » coûte cher, je répondrai que non, en tout cas pour les produits d’hygiène. Tout simplement, parce que je pense que, quand on décide de faire la démarche du « mieux consommer » on doit mettre un énorme coup de frein à la surconsommation. Et, je pense que, de toute manière, il se fait naturellement. Avant janvier 2016, j’avais 3 fonds de teint, pourquoi? Je ne sais pas. Il y en a même un que je n’avais jamais ouvert… A présent, ça me paraît inconcevable.
A ceux qui pensent que c’est une mode, ben, là je n’ai pas grand chose à dire. Pensez-le si cela vous chante. Dans notre cas, en tout cas, le mieux consommer n’est pas une mode quelconque, de toute façon, je ne pense pas que ce soit une mode, je préfère penser que c’est une prise de conscience et non une conspiration du Larzac…

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(comment ma grand-mère me voit aujourd’hui, – sans les poils -)

Bref, notre cheminement est loin d’être terminé et il continue sont petit bonhomme de chemin au fur et à mesure. Nous prenons notre temps, car comme un régime plus on prend le temps de perdre ses vieilles habitudes, plus les chances qu’elles reviennent,  s’amenuisent pour mieux disparaître.

La suite au prochain épisode…

Peace & Boujoux,
Mumcha

Publié dans Papotage

Je suis (de) Saint Étienne du Rouvray

Je m’étais toujours dit que tu n’aurais pas ta place ici, que jamais je n’écrirais pour toi. pour moi, tu ne mérites pas qu’on écrive à ton sujet. Tu ne mérites même pas que l’on s’arrête sur toi.

On te voit assez partout pour ça. Pas besoin d’en faire des tonnes. Tu as réussi à hanter certaines de mes nuits pour que je daigne perdre mon temps à parler de toi. De toute façon, je n’estime pas avoir la plume qu’il faut pour écrire à ton sujet. D’autres le font bien mieux.

C’est déjà bien suffisant à mon avis. Tu as déjà fait bien assez de mal, en arrachant la vie à des milliers d’innocents à travers le monde.

Oui, mais voilà, comme on dit chez nous, « Y’a qu’les cons qui n’changent pas d’avis » (soit dit en passant, toi, tu dois être sacrément con).

Et, de toute manière, il me semble bien que, là, tous mes principes, mes repères, foutent le camp.

Tu sais, enfin si tu sais quelque chose, je ne suis pas la fille qui montre vraiment ses émotions, au grand malheur de mes proches. Mais là, tu as été trop loin, mec/tas d’immondices…

Avant hier, je faisais ma maligne en scandant qu’il ne fallait pas céder à la peur, qu’il fallait [essayer] de continuer à vivre « normalement »(quoique tu fais disparaître, petit à petit, le sens de ce mot) même si, comme bien des gens, je fondais en sanglots devant l’horreur des images journalistiques vendant du scoop et du sensationnel à tout va. Comme la plupart, qui n’a pas vécu ton ignominie et tes actes abjectes, le lendemain, la vie reprenait son cours, avec un peu de vague l’âme, je reprenais le cours de ma vie. J’allais faire mes courses, j’emmenais mes enfants au parc, au zoo, je sortais, sans craindre grand chose. Je restais l’Humain lambda qui pense que ça se passera toujours chez les autres. Je voulais, par simple protection psychologique, rester à penser que tu n’étais qu’une ombre éloignée.

Avant hier, les « et si » n’étaient que pipi de chat. Ils étaient là, oui, c’est sûr, mais ils étaient bien vite balayés devant l’attrait de mon occupation. Oui, c’est vrai dimanche, lors d’une sortie familiale  , un petit « et si tu frappais, là, maintenant » est venu me hanter. J’ai eu un peu peur, pendant quelques secondes mon coeur s’est accéléré, jusqu’à ce que je me fonde dans la foule et me laisse emporter par l’ambiance générale.

Avant Hier, je me suis couchée, paisible et heureuse d’avoir vécu ce moment de joie, de convivialité.

Avant hier, j’étais naïve, ou humaine, au choix.

Sauf que…

Hier, tu m’as faite passer de l’autre côté.

Hier, alors que je dormais paisiblement, j’ai été réveillée par des explosions. Je me suis dit, naïvement, que ce n’étaient que des pétards.

Hier, mon fils est venu me rejoindre dans mon lit, pour me faire un câlin.

Hier, il m’a aggripé au cou, quand nous avons entendu une deuxième série d’explosions. Sauf que, j’étais bien éveillée. J’ai déjà entendu ce type d’explosion. Dans les films. Il s’agissait de tirs en rafale.

Hier, j’ai bondi du lit, comme jamais je n’ai bondi. Instinctivement, j’ai fermé toutes les fenêtres.

Hier, j’ai pris mon téléphone. J’avais 8 SMS, des tas de MP. 8 SMS où l’on me demandait où j’étais, si j’étais à l’abri avec les enfants, si ça allait.

Hier, j’ai d’abord pensé à une course poursuite dans le quartier, c’est déjà arrivé. Ça ne m’a pas plus paniqué

Hier, je n’ai pas.compris.

Puis, j’ai branché ma télé, machinalement, sur BFM. C’est presque devenu naturel comme geste, en fait.

Hier, mon père m’a appelé apeuré pour nous. Il m’a tout expliqué. Je n’ai pas compris tout de suite.

Hier, j’ai vu le nom de ma ville partout à la télé, sur des bandeaux, dans la bouche des journalistes.

Hier, j’ai compris

Hier, nous avons dû nous barricader chez nous, pendant 9h. Nous avons dû interdire à notre fils de s’approcher des fenêtres.

Hier, tu as privé mon fils de voir ses arrières grands-parents. Hier, toi, sombre con, tu as fait pleurer mon enfant à maintes reprises parce qu’il voulait simplement, du haut de ses 3 ans, aller jouer dans le jardin de son papy, comme on le lui avait promis la veille.

Hier, tu nous a forcés à devoir parler à ce trop petit Être du monde qui l’entoure. Tu as dû nous faire lui dire les atrocités qui règnent sur cette planète à cause de toi. Nous avons utilisé des mots simples pour te nommer même si bien d’autres, bien moins mignons, me venaient en tête. Il a compris que la police nous protégeait, que nous le protégions. Une fois tes sbires « neutralisés » et le déminage fait, il a passé son temps à aller voir par la fenêtre si la police était toujours là, parce que lui, il voulait s’en aller.

Hier, tu as volé l’innocence de mon fils. Et, pour ça, je te hais.

Hier, tu as entaché des souvenirs d’enfance dans cette église où l’on se pelait les os, à Noël, pour entendre les couacs musicaux de ma petite soeur clarinettiste. J’étais adolescente, ça me faisait grave chier d’y aller, surtout pour entendre « Le Pont de la rivière Qwai » pour la millième fois, mais on se marrait. C’était un truc de famille. Ma sœur, du haut de ses 12 piges était fière de montrer ses progrès. C’était beau à voir malgré tout ce que je pouvais dire à l’époque.

Hier, tu as égorgé un homme bon, généreux et simple. Un homme qui a bercé mon enfance et qui nous racontait des histoires sur un type chelou qui transformait l’eau en pinard, type, qui j’en suis encore plus sûr, aujourd’hui, n’existe pas. Mais bordel qu’il était gentil et bon.

Mais, putain, mec, t’as déconné sévère là, tu butes des gamins, des familles et un vieillard sans histoire de 80 ans. Tu le vis comment? T’as pas trop honte?

Hier, j’ai vécu l’horreur.

Hier, j’ai dû me contenir pour ne pas céder à la panique et faire peur à mes enfants.

Hier, j’ai vu des militaires en tenue de combat, armés jusqu’aux dents. J’ai vu des hommes, aussi musclés que la Montagne, encagoulés et vêtus de noir. J’ai vu des dizaines de policiers. J’ai vu des camions de pompiers par dizaine. J’ai vu la sécurité civile. J’ai vu la BRI. J’ai vu tout ça. J’ai vu tout ça, en bas de chez moi, putain. Mon fils a vu tout ça.

Hier, j’ai sursauté au moindre bruit suspect.

Hier, mon cœur s’est arrêté 12 fois au moins. Ma tension était proche de l’implosion. Mes mains tremblaient. Les larmes montaient.

Hier, j’ai réalisé.

Hier, je n’ai pas réalisé que c’était réel.

Hier, j’ai réalisé que je n’arrivais pas à réaliser.

Hier, mon cerveau a freezé devant tant d’émotions et de ressentis contradictoires. Il lui faudra du temps pour réaliser l’irréalisable.

Hier, le temps s’est arrêté.

Hier, tu m’as projetée en première ligne.

Hier, tu m’as fait comprendre que nous n’étions plus en sécurité nul part.

Hier, et je l’avoue, tu as bien réussi ton coup là dessus, tu m’as fait voir ce qu’était la peur.

Hier, tu m’as fait perdre à tout jamais ma naïveté et le peu d’insouciance qu’il me restait.

Hier, tu as touché ma ville.

Hier, tu as touché l’église située à 2 mètres de l’école de mon fils.

Hier, tu m’as fait comprendre que l’on pouvait mettre Paris en bouteille. Qu’enfin de compte, les « et si » étaient bel et bien réels.

Hier, tu étais à 50 mètres de chez moi.

Hier, tu es entré dans ma vie. Tu as violé mon quotidien, mes habitudes.

Hier, j’ai pris conscience de ce que tu avais fait quand les photos de profil de mes contacts se sont parés d’un « Je suis ». Sauf que, cette fois, il y avait le nom de ma ville, celle où j’ai grandi, celle où j’ai joué, ri, beaucoup, dansé, énormément, celle où mon amoureux a grandi, celle où mes enfants grandissent, jouent, rient et dansent, à leur tour.

Et, pourtant, hier, j’ai réalisé qu’il y avait  encore de l’humanité. J’ai réalisé que beaucoup de gens nous aimaient et s’inquiétaient pour nous. J’ai réalisé que même, malgré la distance, beaucoup se sont enquéris de savoir si nous allions bien. Beaucoup nous ont tenu compagnie  grâce aux réseaux sociaux et au téléphone. Des personnes qui, je le savais, seraient là, et d’autres à qui je ne parle pas (assez) régulièrement. J’ai été énormément touchée. Alors ne te leurre pas, sombre crétin, tu n’as pas totalement gagné la bataille.Toutes ces personnes m’ont montré que l’Amour, l’Amitié, l’Humanité, la compassion, l’altruisme, la solidarité existaient encore, et qu’il faut continuer à se battre pour ça.

Aujourd’hui, je réalise tout ça.

Aujourd’hui, je réalise que le monde devient fou.

Aujourd’hui, je réalise ce monde que nous sommes en train de léguer à nos enfants.

Aujourd’hui, je réalise que les « et si » peuvent se réaliser.

Aujourd’hui, je réalise que je suis fatiguée de tout ça.

Aujourd’hui, je réalise que nous avons eu beaucoup de « chance » de ne pas être blessés, ou pire. Je réalise le travail de tous ces hommes et femmes qui ont magnifiquement fait leur travail, et, qui nous ont permis d’être sains et saufs. Et du haut de cette petite missive, je les en remercie du plus profond de mon cœur.

Aujourd’hui, je réalise, plus que tout, qu’il faut s’aimer les uns, les autres, sans penser à demain, qu’il y a des gens qui nous aiment et que c’est tout ce qui compte.

Aujourd’hui, je réalise qu’il faudra travailler dur pour que la nouvelle génération change toute cette haine.

Aujourd’hui, je réalise que je suis concernée, que ça ne se passe pas que chez les autres.

Aujourd’hui, je réalise que tu es lâche, pleutre et sans vergogne.

Aujourd’hui, je te hais, bien plus qu’hier et bien moins que demain.

Aujourd’hui, je réalise qu’il y a eu hier, et, que plus rien ne sera jamais comme avant hier.

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PS : J’aurais aimé qu’il y ait une pronom neutre, comme en anglais, pour te nommer, hors, le français n’a pas cette particularité, à mon grand regret. À mon sens, tu ne mérites pas qu’on te tutoie. Ce n’est pas grave, je suis passée outre. J’ai utilisé le « tu », même si tu n’as pas de visage. En revanche, je n’utiliserai jamais ton nom, je ne te ferai pas le plaisir d’écrire ton nom.

Publié dans Papotage, Premiers pas de maman

Les Confessions intimes de César

Lorsque j’ai appris que j’attendais Zarico, je n’y pensais pas vraiment, d’une manière ou d’une autre, le résultat était le même pour moi. Le plus important à cet instant précis était qu’il arrive en bonne santé. Seulement, jamais je n’aurai pu soupçonner, ne serait-ce qu’un instant, que je pourrai ressentir ça un jour.

Il m’aura fallu du temps, beaucoup de temps, trop certainement, et un très long cheminement personnel pour en arriver à ce terrible constat.

L’évidence s’est imposée assez rapidement, pour diverses raisons. C’était le mieux pour Zarico. il le fallait, et, vu nos antécédents, il était presque irresponsable de tenter l’impossible et de jouer avec le feu. Puis ce fut pour moi que ce devint obligatoire, par urgence, il n’y avait plus d’autres issues possibles.

Dans un sens, et je le concède aujourd’hui avec humilité, je fus soulagée de cette prise de décision, bon gré malgré. J’étais jeune, on avait pris la décision pour moi, à l’époque, ça m’allait très bien comme ça. En revanche, je ne me doutais pas que je réaliserai, bien plus tard, que ce fut l’une des plus douloureuses expériences de ma vie.

Sur le moment, j’étais soulagée que mes pires angoisses de souffrances physiques ne s’envolent en un coup de bistouri et une bonne anesthésie. Oui, mais voilà, j’avais omis un autre type de douleur, la douleur psychologique, celle qui se pointe sans crier gare, celle qui reste latente, qui te mine et ruine ton quotidien jonché de merveilleux moments sans que tu ne t’en aperçoives vraiment.

Il m’aura fallu trois ans, trois longues, ou trop courtes, tout dépend de quel côté on se place, pour me rendre à l’évidence. Tout est devenu limpide, clair comme de l’eau de roche, lorsque Lady s’est invitée dans mon ventre, et bien plus encore, lorsque le grand jour est arrivé.

La peur au ventre j’entamais un périple dont je me souviendrai toute ma vie.

Cette fois-ci, on n’a pas eu à décider à ma place, cette fois-ci mon corps a parlé, cette fois-ci je me suis battue pour avoir ce que je désirai réellement. Et, sans crier gare, mon instinct et ma volonté ont pris le dessus sur tout le reste. Je ne voulais pas revivre ce traumatisme que fut ma première césarienne.
Pourtant, encore à cet instant, je me cachais derrière des angoisses qui avaient bon dos, mais qui restaient crédibles aux yeux de tous. Je ne voulais pas (re)vivre « ça » toute seule, je ne voulais pas ressentir de nouveau cette sensation hideuse et terriblement horrifiante de suffocation et d’étouffement,  je voulais être avec lui, je voulais que l’on vive « ça », ensemble .
Certes, tout ceci est vrai, mais, bien plus que ça, je ne voulais pas être la spectatrice passive, allongée là, à attendre, les bras étendus comme Jésus sur sa croix, les premiers cris libérateurs de 9 mois d’une longue et fastidieuse attente. Je ne voulais pas accueillir un deuxième enfant sans pouvoir le toucher, l’attraper, l’embrasser, caresser son visage, le serrer dans mes bras libres et non prisonniers, attachés pour ne pas faire bouger les aiguilles plantées dans ma chaire. Je voulais pouvoir le garder tout contre moi, des heures et des heures, et non « 5 petites minutes ». Je voulais que l’on reste là, à s’apprivoiser mutuellement, à se regarder intensément, à s’apprendre par cœur, et non sans quoi, patienter deux longues terribles heures, seule, dans une salle froide et aux insipides, que mes jambes daignent se réveiller.

Je ne me suis jamais sentie aussi seule qu’à ce moment précis. Je n’ai jamais autant scruté et fixé les aiguilles de cette ridicule horloge accrochée tout en haut du mur, à quelques millimètres du plafond, à croire qu’ils étaient effrayés que les patients ne se lèvent et n’avancent les aiguilles.

Quand je suis remontée dans ma chambre, ce 18 avril 2013, j’ai trouvé un bébé dans les bras de mon compagnon, mon bébé, le mien. Mais voilà, je me suis sentie totalement démunie, comme si il avait manqué quelque chose dans mon cheminement pour devenir mère.

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Il y avait eu « un avant » et « un après », mais il manquait « le pendant ». « Le pendant », celui que j’avais tant négligé,  égoïstement, de peur « d’avoir mal (physiquement) », celui qui ne me paraissait pas bien important. On m’avait tellement répété que « l’important était qu’il soit en bonne santé » que je ne voyais pas plus loin. Il était en parfaite santé, soit.

Quant à moi, non, je ne l’étais pas.

Je parle de ma santé psychologique. Ça n’allait pas, pas du tout même.  J’ai été frappé lorsque Zarico nous a demandé de revoir les films de lui bébé à la maternité. Je me suis vue, jusque là, ça ne m’avait pas réellement frappé mais, là, ça m’a sauté aux yeux. Te dire pourquoi maintenant, à cet instant précis. Je ne sais pas, peut être parce que j’ai fini par l’accepter et m’en faire une raison, peut être parce que je suis enfin prête à en parler.
Ce regard vide, ce teint blafard, ces larmes au bord des yeux retenus pour faire bonne figure, ces mains tremblantes lorsque je changeais sa couche, je me suis faite pitié, et, tout m’est revenu d’un coup, comme une énorme claque.

J’étais mal, terriblement mal. Et, à l’époque, jeune maman  pour la première fois, j’ai mis ça sur le dos du Baby Blues. Et voilà, soyons clairs, même si aujourd’hui on l’accepte un peu plus, aux yeux de la société, et de nos familles (ou du moins la majorité), une jeune maman EST une femme heureuse. Point barre. Comment cela pourrait-il en être autrement?

Sauf que, ce n’était pas mon cas à 100% et que cette croyance en a rajouté une couche. Elle est tellement ancrée en nous, en moi, qu’elle me faisait me sentir encore plus mal. J’avais enfin tout ce que j’ai toujours voulu avoir, surtout après tout ce que nous avions vécu. Il était là, bien là notre Zarico. Qu’est-ce que je pouvais bien demander de plus?

Alors il a fallu jouer un rôle, celui de la jeune maman épanouie et heureuse. Je n’ai pas pu mentir bien longtemps auprès de ceux qui me connaissaient vraiment, quoique je ne leur ai jamais révélé les tréfonds de ce mal être latent. Je mettais tout sur le dos de la fatigue, de l’angoisse, sauf que c’était bien plus profond que ça. Je ne réussissais pas à me l’avouer à moi-même. Et quand bien même, j’essayais de l’expliquer on me rétorquais que j’avais tout et qu’il ne fallait pas chercher plus loin.

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J’ai donc enfoui bien profondément cette histoire parce que l’on n’était pas prêt à comprendre, ce que moi-même je ne parvenais ni à comprendre, n à extérioriser.

Mais malgré tous mes efforts, des conséquences s’en sont suivies, de terribles conséquences. Des conséquences que je regretterai toute ma vie. Inconsciemment, j’ai très vite déléguer certaines tâches concernant Zarico à M’sieur Stache, ou quiconque le souhaitait. Non pas que je ne voulais pas m’en occuper ou que je n’en avais pas envie, mais parce que j’étais morte de trouille. Morte de trouille de mal faire, morte de trouille de le blesser ou tout simplement qu’il ne ressente ce mal être. Pour autant, je restais très fusionnel avec lui, et je l’aimais d’un amour inconditionnel, mais, malheureusement, je suis ce genre de fille qui se laisse bouffer la vie par ses angoisses.

M’sieur Stache a très vite pris les choses en main, et, aujourd’hui encore, alors que tout est rentré dans l’ordre, je ressens cette terrible culpabilité qui me ronge vis-à-vis de mon fils. Ce 18 avril 2013, on m’a arraché mon cœur de maman à grand coup de bistouri dans le bide. On m’a retiré ce lien indéfectible, ce « pendant ». Je suis passée de « jeune femme » à « mère », sans y être pour autant préparée. Jour après jour, je tente de le reconstruire, fils après fils, pelote après pelote. Seulement parfois, j’ai peur qu’il ne soit trop tard.
Mes proches me répètent que je suis une bonne mère, que je m’occupe parfaitement de lui, que je lui fais faire des tas de choses, que je l’aime profondément (trop même pour certain), que je suis une maman louve, que je le surprotège. Oui, mais au fond de moi, cette douleur et cette culpabilité me hante et me ronge, j’ai l’impression d’avoir manqué les premiers mois de mon fils, d’avoir pu profiter de ce bonheur, d’avoir été présente pour lui. Je vis avec la peur au ventre qu’un jour il le ressente et ne m’en veuille.

L’électrochoc fut terrible à la naissance de Lady Mogette. Elle, qui, sans crier gare est née naturellement alors que je m’apprêtais à vivre une seconde césarienne. Elle, qui, m’a permise de me réconcilier avec mon rôle de maman, m’a également fait comprendre beaucoup de choses. J’ai enfin pu connaître « le pendant », et crois-moi, pour moi en tout cas, il a toute son importance. Il m’a permis de ne pas être le spectatrice du plus grand rôle de ma vie, il m’a permis de prendre conscience que j’étais en passe de changer ma vie, une seconde fois. J’ai vécu le moment, je n’ai pas attendu bêtement, j’ai bossé pour, j’ai souffert pour, ça oui j’ai souffert, mais c’est de la bonne souffrance. Ce jour là, tout s’est éclairé.
Et, pendant les 13 heures de travail, je n’ai pensé qu’à une personne, mon fils, mon Zarico, celui qui a payé, bien malgré lui, les pots cassés de cette entaille dans ma chaire. Depuis, et même si les choses s’étaient grandement arrangé, ou du moins enterrées, depuis ses un an, j’ai repris les choses en main. J’ai repris à 100% mon rôle de maman.

Les gens ont vu la différence, tour à tour, j’étais la maman épanouie, la maman qui a de l’expérience. J’ai pu surprendre ou choquer, parfois même. Les gens m’avaient tellement vu déléguer aux premiers mois de Zarico, qu’ils n’ont pas de suite compris, et n’ont toujours pas compris, ce revirement de situation, laissant peu de place à mes proches qui voulaient prendre Lady pour la nourrir ou la changer.

Pour finir, certains ont mis ça sur le dos de l’accouchement par voies basses, que je m’en étais remise plus vite, que physiquement ça n’avait rien à voir, que j’avais « l’air » d’aller bien. Oui c’est sûr, mais ce qu’ils ont oublié, c’est le plan psychologique. Oui, je m’en suis remise plus vite, oui, j’allais bien, pas vraiment physiquement, ça non, j’ai quasiment autant souffert, même après (je vous épargne les détails), mais psychologiquement oui, j’allais bien, très bien même.

J’ai vécu cet accouchement comme une véritable délivrance, pas au sens où on l’entend, au sens psychique. Il m’a réconcilié avec ce rôle que j’ai toujours voulu tenir, LE rôle de MA vie, celui de maman.
Désormais, je me sens sans limites, ou presque, et, j’ai compris d’où venait ce mal être. J’ai compris qu’il ne m’avait pas empêchée d’être une « bonne » maman, mais qu’il m’avait empêchée d’être la maman que je voulais être, qu’il m’avait empêchée de vivre l’instant présent et m’avait interdit de savourer le bonheur d’être une mère en toute simplicité. Il m’a empêchée d’avoir la confiance nécessaire en moi-même. Il a mis la barre trop haute, bien malgré moi, comme si j’avais quelque chose à prouver, comme si je devais tout décupler pour rattraper ce manque du « pendant ».  Je m’étais alors persuadée que je ne savais pas faire ou alors que je le faisais mal, que je n’étais pas capable de m’occuper de lui correctement, et surtout, toute seule. Il m’a fallu du temps, beaucoup de temps, jusqu’à ses un an, pratiquement. Mais, aujourd’hui encore, je vois bien que ces mécanismes sont devenus notre quotidien. Zarico est très proche de son papa, déclenchant parfois un sentiment de jalousie en moi. Je suis profondément blessée lorsqu’il réclame son papa et pas moi, lorsqu’il demande à ce que ce soit son papa qui le couche et pas moi, lorsqu’il réclame son papa quand il se blesse et pas moi (bon, aux dires de mon cher et tendre, c’est kiffe/kiffe mais je ne retiens que les moments où il appelle son père), même si, je sais au fond de moi, que je ne peux m’en prendre qu’à moi-même.

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Je me soigne petit à petit, nous nous ré-apprivoisons Zarico et moi, car même si nous sommes très très proches, j’ai toujours eu ce sentiment qu’il manquait quelque chose, qu’il manquait de quelque chose venant de moi.
De toute façon, quoique je fasse, je crois que j’aurai toujours cette peur indéfectible de ne pas l’aimer assez fort ou correctement, de ne pas faire ce qu’il faut quand il le faut, de manquer à mon rôle, mais d’après les croyances, il paraîtrait que c’est justement ça, être mère.

Publié dans Papotage, Premiers pas de maman

La vie à Quatre, un mois et demi après, le bilan

Déjà un mois et demi que nous sommes quatre, un bon mois et demi même. Il est temps de dresser un premier bilan.

Finalement, ce sera un bilan tout en douceur. Malgré une arrivée digne des plus grands soaps américains, c’est une Lady facile à vivre que nous avons appris à connaître. Cette naissance, fracassante de rebondissements, nous aura bien fichu la frousse quant à la suite des événements. Si son caractère était prêt à tenir de sa venue au monde, alors nous devions nous préparer à maintes et maintes nuits blanches, faire preuve de patience et préparer des litres de café, beaucoup beaucoup de litres de café.

Puis nous ne pouvions pas avoir « la chance » deux fois de suite d’avoir un bébé qui fait ses nuits dès son deuxième jour de vie, ni que l’on n’entend quasiment jamais pleurer. Nous ne pouvions pas avoir deux fois d’affilée de donner naissance à un bébé si calme que les gens s’en étonneraient, voire nous maudiraient.
Une copine m’avait pourtant assuré que cette chance pouvait se présenter deux fois, elle avait raison!

Pour la deuxième fois, donc, nous avons tiré le « gros lot ». Ce n’est pas parce que c’est notre fille, ou parce que je suis la maman la moins objective de la Planète -quoique- mais c’est un bébé extrêmement calme, détendu et posé que nous avons appris à connaître.

C’est une petite fille hyper discrète qui a fait son entrée dans nos vies. Arrivée comme un énorme coup de tempête lorsque nous avons appris son existence, elle n’aurait pu plus nous surprendre de par son comportement.
Dans mon ventre, c’était une véritable pile électrique qui s’agitait. Les vidéos sont impressionnantes et tout le monde nous répétait que ce serait un bébé agité qui viendrait bientôt rejoindre la famille et qu’il faudrait se préparer à des nuits blanches sans fin, sauf qu’il n’en est rien.

Dès sa deuxième nuit, elle a dormi d’une traite, 5 heures de suite, puis elle est très vite passée à 6 heures pour aujourd’hui nous faire des nuits de 8/9 heures. Comme elle est nourrie au biberon, nous avons pu remettre en place notre technique imparable pour s’offrir de longues nuits. M’sieur Stache prend le dernier biberon, ce qui me permet de me coucher tôt, et je prends le premier biberon, ce qui lui permet de faire ses grasses mat’ tant appréciées.

Finalement, ce chamboulement en prévision n’en aura pas été un. Rien n’a vraiment changé dans notre quotidien mis à part la routine biberon/change à laquelle il a fallu se réhabituer. La maisonnée est toujours aussi calme et les nuits paisibles (sans compter sur Zarico et ses « câlins » intempestifs à 2h05/4h30/6h12).

Lady Mogette est un bébé idéal, je ne peux pas le nier. Elle est tellement paisible qu’elle en devient apaisante. C’est un anxiolytique en couche culotte. C’est une petite fille terriblement souriante qui rit à la vie depuis ses 12 jours. Le 14 février, très exactement. Elle sourit tout le temps, un véritable bol de bonheur. Son sourire est tellement communicatif qu’il redonne à n’importe qui le baume au cœur perdu.

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Quant à Zarico il s’apaise tout doucement et nous retrouvons peu à peu notre petit asticot tout calme mais toujours aussi pipelette et taquin! Il adore sa sœur et c’est un véritable nounours protecteur avec elle, à l’affût de son moindre besoin, toujours inquiet qu’il ne lui manque rien. Il nous fait beaucoup rire. J’avais tellement peur qu’il prenne mal cette arrivée surprise, mais finalement, c’est lui qui nous aura le plus surpris. C’est un petit garçon altruiste que nous avons (re)découvert.

Bref, vous l’aurez compris, la maison des Stache sent plutôt bon le bonheur. Les débuts ont parfois été un peu difficiles, « causés » non pas par la petite dernière, mais par notre grand qui avait besoin de trouver ses marques. Il y a encore bien sûr quelques crises et c’est bien normal, c’est même de bonne guerre si je puis dire. Mais à force de parler, de discuter et de trouver des solutions à ces petits bobos de coeur, tout rentre dans l’ordre petit à petit. C’est donc un bilan plus que positif et une belle vie à quatre qui s’offre à nous. Et, je ne pensais pas le dire un jour, mais, il ne me manque plus rien. J’ai tout, absolument tout.

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EDIT – Quand je relis cet article, qui est en attente depuis deux bonnes semaines (du coup j’ai rajouté « et demi » après le « 1 mois », conscience professionnelle oblige) pour cause de grippe familiale intempestive, je me dis que vous allez tous croire que je me suis shootée aux pets de licornes.
On se croirait chez les Bisounours. Je vous répondrai que pour une fois, j’ai vraiment tout ce que je souhaitais, et que tout se déroule dans le meilleur des mondes dans notre petit cocon. Ca ne fait pas de mal quand on voit toutes les atrocités extérieures

Publié dans Papotage, Premiers pas de maman

Ta place

Mercredi, ça fera un mois qu’elle a un peu chamboulé nos vies. Pour nous, il n’y a pas eu de grands changements, elle est tellement calme et discrète qu’on pourrait presque croire que rien n’a vraiment changé. Oui, c’est vrai, mais nous sommes des adultes et c’est notre deuxième fois, donc nous sommes en quelque sorte rodés.

Pour toi par contre, c’est tout autre chose…

Les gens oublient souvent que tu n’as que deux ans (et demi, tu y tiens) et que pour toi, ce tout petit rien de 52 cm au regard des adultes, est en fait un gigantesque tsunami dans ta courte vie. Maintenant qu’elle est là, il faut que tu te fasses à ton « nouveau rôle ». Je n’aime pas trop ce terme à vrai dire. Tu n’as pas de rôle à tenir, pas à 2 ans et demi. Tu n’as pas à changer parce qu’une nouvelle vague est entrée dans nos vies, dans ta vie. Tu n’as rien demandé après tout.

Cette minuscule chose qu’on appelle « ta p’tite sœur » t’a propulsé dans un nouvel univers. Un univers où tu n’es plus totalement le centre du monde. Il y a de quoi être perdu dans tout ça.

Tu sais, j’ai été à ta place, il y de ça 22 ans. Tout tournait autour de moi. J’étais l’enfant unique, celui à qui l’on passe tout, celui autour duquel tous les adultes tournent autour comme des satellites. Alors quand ma petite sœur est née, je n’ai pas trop compris ce qu’il se passait, j’étais pourtant plus vieille que toi. Il fallait que je partage, il fallait que j’attende « deux minutes » quand, quelques temps auparavant, on s’exécutait sur le champs. MA maman n’était plus MA maman mais NOTRE maman, tout comme MON papa, MA mamie ou MON papy. J’étais le seul enfant de la famille, tout comme toi, et d’un coup, toutes les personnes que je chérissais et qui n’étaient qu’à moi, étaient devenus « les nôtres ». Toute cette histoire ne me plaisait pas vraiment mais je n’avais pas le choix, il fallait s’y faire et trouver sa place.

Aujourd’hui, cette place c’est toi qui l’endosse, toi mon tout petit. Cette place n’est pas facile. On est venu te déranger dans ta zone de confort. Ton cocon a été balayé et il faut t’en reconstruire un. Un nouveau nid que tu dois partager, toi qui a toujours eu tout pour toi.  A ton tour, TA maman est devenue VOTRE maman, tout comme TON papa, TES papys et TES mamies, TES tatas et TES tontons.

Bien sûr on fait tout pour que ce chamboulement ne soit pas trop gênant pour toi. On fait en sorte pour que tu ne sentes pas trop ce changement de statut. On ne veut surtout pas que cette petite marche devienne une montagne à gravir. Alors on s’organise, on essaie que tu ne te retrouves jamais « seul » ou que « personne ne puisse s’occuper de toi quand tu le demandes ». Nous prenons du temps avec toi, tout seul. On essaie le plus possible, chacun notre tour de s’évader loin de l’appartement pour passer un peu de temps avec toi, tout seul. On tente de répondre le plus possible à tes attentes, de rassurer tes angoisses et de dédramatiser tout ça.

Mais, bien sûr, nous ferons des erreurs, nous en avons d’ailleurs déjà certainement fait, et si ce n’est pas nous, ce sont les autres.
Parce que d’un coup, aux yeux de tous, ou du moins, de la plupart, tu dois devenir grand. D’un coup, comme ça tu n’es plus ce tout petit qu’ils voyaient encore au mois de décembre, tu es devenu un petit, voir un grand garçon . Tu n’as plus le droit de te « comporter comme un bébé », surtout pas, parce que tu dois donner l’exemple. Tu ne peux plus faire tomber la moindre pâte à côté de ton assiette, renverser ton verre par inadvertance ou refuser de manger tes brocolis et ne pense même plus à pleurer quand tu n’as pas ce que tu veux sous peine d’être conspué par la société. Oui, parce que tu comprends « tu es grand frère maintenant, tu dois montrer l’exemple à ta sœur », ta petite sœur qui a à peine un mois et qui n’en n’a absolument rien à faire si tu renverses ton verre de jus d’orange par terre.

Alors à chaque fois, en rentrant à la maison, on reprend tout, les explications, on calme tes craintes, on dédramatise. On te répète que tu n’as pas à faire tout ça, que tu as encore le droit d’être ce tout petit garçon, si ça te chante. Combien de fois t’ai-je dit de ne pas tenir compte de ce que les autres disent. Forcément à deux ans et demi, on n’a pas le recul qu’il faudrait, et tout est pris au pied de la lettre, ce que beaucoup d’adultes oublient…

Tu as le droit d’être en colère, tu as le droit de nous en vouloir, de M’en vouloir de « t’avoir fait ça ». C’est naturel. Tu es d’ailleurs en plein dedans. Tu me le fais payer, surtout depuis que PapaPoilu a repris le chemin du travail. Forcément, toute seule avec deux enfants dont un nourrisson, il y a des moments où je ne peux pas répondre à tes demandes, à tes attentes, où il faut que tu patientes pendant ces fameuses deux minutes qui en fait tiennent plus de la demi heure. Je ne peux pas faire autrement, je t’assure que je le voudrais, mais comme le disait ma maman, il y a quelques années de cela, je n’ai pas quatre bras.

Alors, je t’avoue, tu me dépasses même si je sais ce que tu peux ressentir. Tu m’épuises, bien plus que ta sœur, je dois l’avouer même si je connais ce chamboulement que tu vis. Je me suis toujours dit que lorsque j’aurai un deuxième enfant, je saurai comment réagir, comment faire. Je répétais que je saurai quoi faire ou qu’au moins je ferai tout pour que mon aîné ne se sente pas délaisser. J’avais tord. J’ai beau tout faire, tout mettre en oeuvre, je vois bien que tu peines à trouver cette fameuse place.
Je suis totalement perdue. J’essaie de garder patience, cette patience que je n’ai pas ou plus, je ne sais plus vraiment. J’essaie de passer le maximum de temps avec toi, le plus que je puisse, mais ta sœur a également des besoins, tu le sais. On t’explique, on dédramatise, on te lis des tonnes d’histoires sur le sujet, on discute beaucoup, comme on l’a toujours fait avec toi. On va persister parce que l’on n’est pas le genre de parents à baisser les bras, même quand tu cours à travers l’appartement, une motte de terre à la main, parce que tu as trouvé drôle de déterrer une plante pendant que je nourrissais ta sœur.

J’espère qu’avec le temps tu comprendras que rien n’a finalement vraiment changé, que l’on t’aime toujours autant, si ce n’est plus qu’hier et moins que demain. J’espère qu’avec le temps tu comprendras que tu n’as pas vraiment de place à trouver, que la tienne, celle que tu as toujours eu est toujours bien là et que tu n’as pas à en bouger.

Publié dans Grossesse, Papotage

L’arrivée surprenante de notre Facétieuse 2/2

Hier je vous parlais des prémices de mon accouchement, de ma préparation à la césarienne puisque le travail ne c’était pas mis en route tout seul, comme espéré

[ Fin du suspens… Quoique… ]

Nous étions donc dans l’expectative du retour de notre messagère de sage femme. Quand allait-elle revenir? Qu’est-ce qu’elle pouvait bien faire? Qu’est-ce qui lui prenait autant de temps? Elle n’était censée que prévenir le bloc et revenir finir de me préparer pour y descendre.

Les minutes m’ont semblé des heures…

Je m’attendais à la voir revenir avec un brancard, sauf qu’elle est revenue avec un fauteuil roulant. Mais pourquoi s’est-elle ramenée avec un fauteuil roulant? Pour Zarico, j’étais pourtant descendue sur un lit? Je n’y comprenais plus grand chose.

Elle s’est alors arrêtée et m’a annoncée avec un grand sourire « Alors? On va en salle de naissance? ». Je n’ai pas réalisé de suite, je venais de prendre un revers du droit imaginaire et j’étais totalement sonnée. Elle s’est alors reprise et m’a expliqué qu’elle avait discuté avec l’équipe médicale de garde et qu’ils avaient donné leur accord pour que je tente d’accoucher par voies basses, et, que, si j’étais toujours partante, je pouvais rejoindre la salle de naissance « verte ». Un seul mot est sorti de ma bouche « OUI! ». Je ne pensais plus à rien, la tête totalement vide, alors que, quelques minutes plus tôt, j’étais chamboulée d’interrogations, d’angoisses et de regrets.

Finalement, peut être allais-je l’avoir mon accouchement tant rêvé. Je dis bien peut être. Je savais pertinemment que le travail allait être plus que surveillé, à cause de mon utérus cicatriciel, et que les conditions devraient être entièrement remplies pour que tu sortes naturellement. Mais je ne voulais pas y penser. J’étais focalisée sur toi, un grand sourire sur le visage alors que les contractions s’intensifiaient. Je m’en fichais, j’allais tout faire pour que tu viennes au monde le plus naturellement possible.

Je découvrais enfin une salle de naissance. J’étais émue au possissible, parce qu’en fait, je re-découvrais ce qu’était salle de naissance. Une salle de naissance pour un moment heureux, je l’espérais de toutes mes forces.
La dernière fois que nous en avions côtoyé une, c’était pour mon interruption médicale de grossesse. Le terme étant trop avancé, il avait fallu que j’accouche par voies basses. Je pense d’ailleurs, que le fait de vouloir accoucher naturellement ne vient pas uniquement de ma césarienne, il vient aussi de ce foutu « accouchement » ou « non-accouchement ». J’ai souffert, j’ai attendu, j’ai poussé, pour rien du tout. Nous avions vécu tous les côtés « négatifs » sans connaître de dénouement heureux.

Bref, nous y étions enfin, c’était le principal.

A 10h30, mon col était à 2. Les contractions s’intensifiaient mais restaient plutôt supportables. Niaise que j’étais, je me répétais, toute contente, que si c’était ça la douleur, ce serait largement gérable… J’ai très vite compris que j’avais parlé trop vite. Vers 11h30, la douleur était bien là et les contractions très rapprochées. Il était temps de me faire poser cette sacro-sainte péridurale.

Autant l’équipe médicale de garde a été super, attentionnée et à l’écoute, autant l’anesthésiste… On m’avait prévenu qu’ils étaient souvent particuliers, mais à ce point. Il est entré dans la pièce, sans un bonjour, sans rien expliquer. Il a fait son truc, et est parti comme il est venu, en claquant la porte. Pas un seul mot n’est sorti de sa bouche, à un seul moment. Elle était posée, c’était le principal après tout!

Toutes les demi-heures, notre sage-femme, Juliette, passait nous voir afin de surveiller l’avancée du travail. Il fallait qu’il avance régulièrement et qu’il ne dure pas trop longtemps sous peine de se rendre directement au bloc. Je crois que je n’oublierai jamais cette femme. Elle m’a été d’une aide précieuse, une personne douce et patiente, et surtout, avec beaucoup d’humour.
A chaque fois qu’elle passait, elle nous motivait et semblait convaincue que je l’aurai mon accouchement miracle, ce qui me rassurait surtout quand j’étais désemparée, voyant poindre la césarienne qui me pendait au bout du nez. A chaque passage, elle me donnait des heures butoirs où les étapes devraient être franchies.

A 14h30, mon col était bloqué à 3 depuis deux heures. On me laissait jusqu’à 16h30 pour que les choses évoluent, sinon il faudrait passer par la chirurgie. Je commençais à fatiguer un peu mais la douleurs étaient très bien apaisée grâce à la péridurale. Pour faire avancer un peu les choses, Juliette m’a proposé de me mettre un peu sur le côté, ce que j’ai accepté avec grand plaisir. Je n’aurai pas dû, la péridurale s’est mise à mal se répartir et les douleurs sont devenue totalement insoutenables. Ma jambe droite s’est retrouvée totalement paralysée et je ressentais toutes les contractions, un calvaire.

Après m’être remise sur le dos et augmenté quelques doses supplémentaires d’anesthésiant, tout est rentré dans l’ordre, sauf ma jambe qui était totalement endormie, pour le moment ça ne me faisait pas grand chose.

Lorsque 16h30 est arrivé, j’étais totalement stressée, peur que rien n’est bougé, peur d’avoir eu mal pour rien, peur d’avoir attendu pour rien, mais c’était sans compter sur toi ma petite Facétieuse… Après examen, mon col était en fait passé de 3 à 8.

Tous mes espoirs étaient revenus et plus motivée que jamais, je retrouvais mes couleurs, ce qui a beaucoup étonné les sages-femmes. J’étais ravie (et un peu maso aussi). Je commençais à la sentir pousser et même si la sensation n’était pas des plus agréable, ça signifiait que les choses avançaient, et c’était bien là le principal.

Vers 19h, mon col était à enfin à 10, à partir du moment où il serait totalement ouvert, on me laisserait deux heures pour accoucher, pas plus. A partir de ce moment là, les examens se sont rapprochés car il ne fallait pas que mon utérus soit « en danger ».

10 heures que nous étions en salle de naissance. Bizarrement, moi qui suis si impatiente dans la vie et qui ne supporte absolument pas d’attendre, je n’ai pas vu le temps passer. Cette attente ne m’a pas semblé si longue, j’étais tellement heureuse que rien n’aurait pu tarir ce moment, même mon plus vilain défaut. J’étais fatiguée, oui, mais je gardais le sourire.

A 20h15, mon col était enfin à dilatation complète et tu commençais à t’engager sérieusement. Pour accélérer un peu les choses, les sages-femmes m’ont installée dans les étriers, sauf que ma jambe droite, encore totalement paralysée, n’y tenait pas. Elles ont alors pris la décision de couper la péridurale pour que je retrouve possession de ce corps mort et surtout pour ne pas que je me blesse si jamais elle venait à tomber de son pied d’estale.

A partir de ce moment, il me restait 2 heures, 2 petites heures. Plus d’autres choix, sinon ce serait césarienne en urgence, encore et toujours… Il fallait que tu descendes à tout prix.

20h30, 20h45, 21h15, rien, tu ne descendais pas.

A 21h30, les nouvelles n’étaient pas bonnes du tout. Tu étais bel et bien engagée mais tu n’avançais toujours pas. Il nous restait une demi-heure, un toute petite demi-heure pour que tu te décides, sans quoi tout ce travail n’aura servi à rien. Pour le coup, tout mon optimisme a été balayé en un tour de main. C’était sûr, nous avions fait tout ça pour rien… 13 heures de travail pour un dénouement chirurgical, j’étais dépitée. Les larmes coulaient toutes seules, sans que je ne puisse les retenir, tous mes espoirs s’effondraient au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient.

Et, pourtant…

A 21h50, une douleur intense m’a décrochée de ma déception grandissante. Il fallait que je pousse, je ne pouvais plus me retenir. Après avoir appelé la sage-femme, j’avais du mal à me contenir. Tout s’est enchaîné à 10 minutes de l’heure fatidique, tu t’es décidée à descendre. Tu nous auras décidément tout fait!

Finalement, j’allais accouchée par voies basses avec ton papa à mes côtés. J’allais vivre cet accouchement que j’avais tant imaginé, tant rêvé, tant espéré. Nous allions vivre la naissance de notre enfant, ensemble, l’un à côté de l’autre. Nous allions ressentir cette invasion d’amour inexplicable, ensemble, en même temps. Bientôt, tu serais là, et nous te découvririons ensemble.
C’est tout ça aussi que je voulais vivre. Vivre ce moment, le plus beau d’une vie avec l’homme que j’aime, me sentir soutenue, me sentir aimée et surtout protégée. Il a rempli son rôle à merveille, quoiqu’il en dise. Lui, s’est senti impuissant et inutile, mais non, il a été la personne la plus importante pour moi ce jour-là. J’étais bien parce qu’il était là, à mes côtés.

Sa main contre ma nuque j’entamais donc ces fameuses poussées endiablée. La douleur était tenace, la fatigue m’envahissait, à ce moment là, je maudissais cette foutue jambe, je n’étais plus si sûr d’y arriver. Vers 22h15, tu étais bloquée, il a donc fallu t’aider un peu. Le gynécologue de garde, à la carrure digne d’un pilier du XV de France, t’a fait sortir en un tour de main, ou plutôt de forceps. J’ai senti chaque partie de ton corps sortir du mien. J’ai eu mal, vraiment mal, je n’ai jamais eu aussi mal, mais, bien que je ne voulais pas y croire avant ça, toute ces douleurs ont totalement été oubliée quand je t’ai aperçue.

22h22, le 02/02/2016, toi, notre deuxième bébé, notre fille, tu as enfin montré le bout de ton nez, avec 5 jours de retard, 13 heures de travail. Toi qui devait arriver la veille par césarienne programmée, toi qui n’était pas vraiment prévue au programme mais qui aura su se faire tant attendre, tu m’a offert l’un des plus beau cadeau du monde, l’un des plus beaux moments de ma vie.
Si tu savais comme j’ai pleuré quand j’ai entendu ton premier cri, quand on a déposé ton petit corps tout chaud sur le mien, quand je t’ai serré si fort dans mes bras, quand j’ai noyé mon regard dans le tien puis dans celui de ton papa, quand il t’a embrassé et qu’il t’a pris dans ses bras. Pas besoin de mots, d’ailleurs peu de mots sont sortis de nos bouches à cet instant. Ce fut si intense, si fort, qu’aucun mot ne pourrait décrire ce moment.

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Toi, ma toute petite, toi qui nous auras surpris jusqu’au bout, tu auras soigné mes blessures, tu m’auras permise de vivre ce que j’ai toujours voulu vivre.

Publié dans Grossesse, Papotage

L’arrivée surprenante de notre facétieuse 1/2

Il m’aura fallu 20 jours. 20 jours pour réussir à poser les mots sur ton arrivée. Parce que je ne savais pas par où commencer, comment la raconter, et surtout comment ne rien oublier, tant les rebondissements ont été nombreux.

Notre histoire est tellement particulière qu’elle a déjà marqué pas mal d’esprits, ce qui t’a, d’ailleurs valu une petite notoriété au sein de la maternité, durant notre séjour.

« La Petite Surprise », voilà, le surnom qu’ils t’ont donné. Ils n’ont jamais eu autant raison.

Notre petite surprise, oui, sans aucun doute, mais l’une des plus belles de notre vie. Tu es celle que l’on attendait pas, mais que nous espérions tôt ou tard. Tu es venue t’installer parce que tu l’avais décidé. Tu es née quand tu l’as décidé, et, surtout, comme tu l’as décidé.

Toi, toute petite chose si minuscule tu auras révolutionné nos vies en 9 mois et 5 jours. Tu es arrivée par surprise mais tu auras su te faire désirer.

Tu nous auras surpris jusqu’au dernier moment. Tu nous auras fait patienter, plus que de raison, et crois-moi, tu apprendras avec le temps, que ce n’est pas ma première qualité.

Toi, notre jolie surprise que nous avons fini par surnommer « Désirée », tu es es venue au monde comme tu es venue t’installer, tout en rebondissements. Tu n’auras rien fait comme les autres, et rien que pour ça, j’en suis fière.

Ton frère est né à 37 semaines quasiment 38. Je n’en pouvais déjà plus à ce moment là. Je m’étais mise dans la tête que tu naîtrais à peu près au même stade, c’est ridicule quand on y pense. Je sais très bien qu’une grossesse ne fait pas l’autre mais il ne fallait pas que le terme soit trop avancé pour me laisser une chance d’accoucher par voies basses.

Zarico étant né par césarienne, je ne pouvais pas être déclenchée. Cette césarienne, je l’avais très mal vécu, même si, à l’époque, je n’avais pas voulu le reconnaître. Elle m’a beaucoup affaiblie, elle m’a « empêchée » de prendre mon rôle de maman aux premières heures, aux premiers jours de vie, de mon fils. J’ai ce sentiment qu’elle m’a volé quelque chose que je ne pourrai jamais rattraper. Je n’ai pas pu lui donner son premier repas, son premier bain. J’ai à peine pu lui donner son premier câlin. J’ai eu beaucoup de mal à m’en remettre, quasiment 3 mois, pour récupérer la pleine possession de mes moyens.

Je ne voulais pas revivre ça.

Sauf que toi, ma petite Facétieuse, tu n’étais pas du tout décidée à sortir de ton cocon…

39 semaines, rien du tout.
40 semaines, toujours rien.
41 semaines, absolument rien du tout.

J’ai pourtant tenté à peu près tous les remèdes de grands-mères possibles et imaginables, surtout pour m’amuser, mais aussi parce que, avouons-le, j’étais totalement désemparée, épuisée… Les heures de randonnées quotidiennes se sont enchaînées, notre appartement n’a jamais été aussi propre et les carreaux aussi reluisants. J’ai même tenté une danse des canards endiablée avec ton frère pour que tu te décides, à un jour du terme. Mais, rien.

A mesure que la date, fatidique, du terme approchait, mes chances et mon souhait d’accoucher par voies basses s’amenuisaient. Il fallait se rendre à l’évidence et se faire une raison. Je ne pourrai de toute manière pas être déclenchée, au mieux, on pourrait me percer la poche des eaux, si le col s’y prêtait afin d’espérer une mise en route du travail.

La veille du terme est bel et bien arrivée, et, comme on me l’avait demandé, j’ai appelé la maternité afin de prendre un rendez-vous pour « dépassement de terme ».

Samedi 30 janvier, date à laquelle tu devais naître selon les savants calculs des médecins, nous nous sommes donc rendus à la clinique pour passer un monitoring de contrôle et une échographie. Après toutes ces vérifications, il s’est avéré, que le terme était déjà dépassé de deux jours, mais tout allait bien, tu allais bien, j’allais bien. Mon col n’étant pas prêt, le gynécologue de garde m’a laissé une dernière chance, 48 heures. Tu avais jusque lundi matin pour te décider à sortir toute seule. Sinon, je serai hospitalisée pour une césarienne dans la journée.

Nous sommes donc rentrés à la maison, toi encore au chaud, et moi un peu triste, tout de même. Tu as voulu nous jouer un dernier tour, enfin, c’est ce que je croyais.

Le week-end est passé très vite, malgré ce que j’aurais pu penser. Nous avons pu profiter de ton frère, une dernière fois notre enfant unique. Ce fut un long dimanche de câlins, intense et simple à la fois, mais qui restera dans ma mémoire.

Il fallait pourtant qu’il se termine et que nous déposions ton frère chez Mamithie et Papyben, car le lendemain, nous avions rendez-vous avec toi. Il avait été décidé que je serai hospitalisée à 08h30, lundi matin. La boule au ventre et le cœur serré, j’ai donc laissé Zarico. Je savais pertinemment que je quittais un bébé, pour retrouver un grand garçon… Les larmes aux yeux, je l’ai embrassé et nous partions pour une dernière nuit 2 en 1.

Demain, je te rencontrerai, enfin.

Nous y étions enfin. C’était la bonne.

Lundi 01 Février, 08h15 pétante, nous sonnions à la maternité. C’était le grand jour. Les sages femmes m’ont prise en main, fait tous les examens nécessaires. C’était désormais, clair et net, tu naîtrais par césarienne. A J+4, il n’était plus trop question d’attendre que tu daignes te décider. L’opération était prévue dans la journée, mais nous ne savions pas encore l’heure. beaucoup d’urgences, peu de places au bloc, comme nous allions bien toutes les deux, nous n’étions pas prioritaires. Il faudra, encore une fois, être patient.

Les heures sont passées, terriblement lentement. Installée dans ma chambre, j’ai préparé ton berceau, défait ma valise, rangé les tiroirs. Une fois, deux fois, mille fois, tant le temps était long. L’équipe médical passait de temps en temps pour m’annoncer que l’opération allait tantôt être en début d’après-midi, puis en fin, ou même en soirée, avant de m’annoncer vers 17h qu’il faudrait sûrement que je patiente jusqu’au lendemain, tant le bloc était surchargé.

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J’étais totalement dépitée. Une journée de plus à attendre. Une journée sans Zarico, enfermée dans une chambre d’hôpital. Nous étions perdus et tristes, mais je savais que mardi 02 février serait la bonne. Ils n’avaient plus d’autres choix que de te faire sortir.

Bizarrement, j’ai très bien dormi, comme ce n’était pas arrivé depuis des années. Je dors très mal depuis des années, pire depuis le dernier trimestre et ne parlons pas en chambre d’hôpital. Je ne sais pas pourquoi j’ai autant dormi, enfin, je ne savais pas encore pourquoi. Le corps est bien fait.

Le jour s’est levé en même temps que moi. Les sages femmes sont arrivées dans ma chambre vers 07h00 pour me préparer à l’opération qui aurait lieu, cette fois-ci, dans la matinée. J’ai essayé tant bien que mal d’être en paix avec moi-même bien que déçue de la tournure finale que cette grossesse allait prendre. Peut-être avais-je, en fin de compte, réussi à faire le deuil de cette accouchement par voies basses tant rêvé… J’appréhendais tout de même l’après, notre rencontre furtive avant que je ne sois envoyée en salle de réveil, deux longues heures sans toi, les douleurs post-opératoires, cette sensation qu’encore une fois on allait me voler cet instant si précieux qui est de mettre un enfant au monde.

Je ruminais, perdue dans mes pensées.

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Il était 09h00 quand j’ai ressenti un léger « ploc! » et de l’eau couler le long de mes jambes. Je vais être honnête avec toi, j’ai d’abord cru que ma sonde se faisait la mal et que je m’étais oubliée… Après avoir appelée une sage femme, il s’est avéré que je venais de perdre les eaux.

Pour le coup, je n’ai jamais vu l’équipe médical se précipitait autant! La sage femme est partie de la chambre en trombe me prévenant que nous allions descendre plus tôt que prévu au bloc et que cette fois-ci, c’était la bonne!

Ne la voyant pas revenir, je commençais à paniquer légèrement sentant les premières contractions arriver. Mais, ce que je ne savais pas encore, c’est qu’elle plaidait pour ma cause auprès du gynécologue et de l’équipe de garde. nous avions beaucoup discuté la veille sur mon désir profond d’accoucher par voies basses…

Allaient-ils accepter?

Voici la suite…