Publié dans Papotage, Premiers pas de maman

Ta place

Mercredi, ça fera un mois qu’elle a un peu chamboulé nos vies. Pour nous, il n’y a pas eu de grands changements, elle est tellement calme et discrète qu’on pourrait presque croire que rien n’a vraiment changé. Oui, c’est vrai, mais nous sommes des adultes et c’est notre deuxième fois, donc nous sommes en quelque sorte rodés.

Pour toi par contre, c’est tout autre chose…

Les gens oublient souvent que tu n’as que deux ans (et demi, tu y tiens) et que pour toi, ce tout petit rien de 52 cm au regard des adultes, est en fait un gigantesque tsunami dans ta courte vie. Maintenant qu’elle est là, il faut que tu te fasses à ton « nouveau rôle ». Je n’aime pas trop ce terme à vrai dire. Tu n’as pas de rôle à tenir, pas à 2 ans et demi. Tu n’as pas à changer parce qu’une nouvelle vague est entrée dans nos vies, dans ta vie. Tu n’as rien demandé après tout.

Cette minuscule chose qu’on appelle « ta p’tite sœur » t’a propulsé dans un nouvel univers. Un univers où tu n’es plus totalement le centre du monde. Il y a de quoi être perdu dans tout ça.

Tu sais, j’ai été à ta place, il y de ça 22 ans. Tout tournait autour de moi. J’étais l’enfant unique, celui à qui l’on passe tout, celui autour duquel tous les adultes tournent autour comme des satellites. Alors quand ma petite sœur est née, je n’ai pas trop compris ce qu’il se passait, j’étais pourtant plus vieille que toi. Il fallait que je partage, il fallait que j’attende « deux minutes » quand, quelques temps auparavant, on s’exécutait sur le champs. MA maman n’était plus MA maman mais NOTRE maman, tout comme MON papa, MA mamie ou MON papy. J’étais le seul enfant de la famille, tout comme toi, et d’un coup, toutes les personnes que je chérissais et qui n’étaient qu’à moi, étaient devenus « les nôtres ». Toute cette histoire ne me plaisait pas vraiment mais je n’avais pas le choix, il fallait s’y faire et trouver sa place.

Aujourd’hui, cette place c’est toi qui l’endosse, toi mon tout petit. Cette place n’est pas facile. On est venu te déranger dans ta zone de confort. Ton cocon a été balayé et il faut t’en reconstruire un. Un nouveau nid que tu dois partager, toi qui a toujours eu tout pour toi.  A ton tour, TA maman est devenue VOTRE maman, tout comme TON papa, TES papys et TES mamies, TES tatas et TES tontons.

Bien sûr on fait tout pour que ce chamboulement ne soit pas trop gênant pour toi. On fait en sorte pour que tu ne sentes pas trop ce changement de statut. On ne veut surtout pas que cette petite marche devienne une montagne à gravir. Alors on s’organise, on essaie que tu ne te retrouves jamais « seul » ou que « personne ne puisse s’occuper de toi quand tu le demandes ». Nous prenons du temps avec toi, tout seul. On essaie le plus possible, chacun notre tour de s’évader loin de l’appartement pour passer un peu de temps avec toi, tout seul. On tente de répondre le plus possible à tes attentes, de rassurer tes angoisses et de dédramatiser tout ça.

Mais, bien sûr, nous ferons des erreurs, nous en avons d’ailleurs déjà certainement fait, et si ce n’est pas nous, ce sont les autres.
Parce que d’un coup, aux yeux de tous, ou du moins, de la plupart, tu dois devenir grand. D’un coup, comme ça tu n’es plus ce tout petit qu’ils voyaient encore au mois de décembre, tu es devenu un petit, voir un grand garçon . Tu n’as plus le droit de te « comporter comme un bébé », surtout pas, parce que tu dois donner l’exemple. Tu ne peux plus faire tomber la moindre pâte à côté de ton assiette, renverser ton verre par inadvertance ou refuser de manger tes brocolis et ne pense même plus à pleurer quand tu n’as pas ce que tu veux sous peine d’être conspué par la société. Oui, parce que tu comprends « tu es grand frère maintenant, tu dois montrer l’exemple à ta sœur », ta petite sœur qui a à peine un mois et qui n’en n’a absolument rien à faire si tu renverses ton verre de jus d’orange par terre.

Alors à chaque fois, en rentrant à la maison, on reprend tout, les explications, on calme tes craintes, on dédramatise. On te répète que tu n’as pas à faire tout ça, que tu as encore le droit d’être ce tout petit garçon, si ça te chante. Combien de fois t’ai-je dit de ne pas tenir compte de ce que les autres disent. Forcément à deux ans et demi, on n’a pas le recul qu’il faudrait, et tout est pris au pied de la lettre, ce que beaucoup d’adultes oublient…

Tu as le droit d’être en colère, tu as le droit de nous en vouloir, de M’en vouloir de « t’avoir fait ça ». C’est naturel. Tu es d’ailleurs en plein dedans. Tu me le fais payer, surtout depuis que PapaPoilu a repris le chemin du travail. Forcément, toute seule avec deux enfants dont un nourrisson, il y a des moments où je ne peux pas répondre à tes demandes, à tes attentes, où il faut que tu patientes pendant ces fameuses deux minutes qui en fait tiennent plus de la demi heure. Je ne peux pas faire autrement, je t’assure que je le voudrais, mais comme le disait ma maman, il y a quelques années de cela, je n’ai pas quatre bras.

Alors, je t’avoue, tu me dépasses même si je sais ce que tu peux ressentir. Tu m’épuises, bien plus que ta sœur, je dois l’avouer même si je connais ce chamboulement que tu vis. Je me suis toujours dit que lorsque j’aurai un deuxième enfant, je saurai comment réagir, comment faire. Je répétais que je saurai quoi faire ou qu’au moins je ferai tout pour que mon aîné ne se sente pas délaisser. J’avais tord. J’ai beau tout faire, tout mettre en oeuvre, je vois bien que tu peines à trouver cette fameuse place.
Je suis totalement perdue. J’essaie de garder patience, cette patience que je n’ai pas ou plus, je ne sais plus vraiment. J’essaie de passer le maximum de temps avec toi, le plus que je puisse, mais ta sœur a également des besoins, tu le sais. On t’explique, on dédramatise, on te lis des tonnes d’histoires sur le sujet, on discute beaucoup, comme on l’a toujours fait avec toi. On va persister parce que l’on n’est pas le genre de parents à baisser les bras, même quand tu cours à travers l’appartement, une motte de terre à la main, parce que tu as trouvé drôle de déterrer une plante pendant que je nourrissais ta sœur.

J’espère qu’avec le temps tu comprendras que rien n’a finalement vraiment changé, que l’on t’aime toujours autant, si ce n’est plus qu’hier et moins que demain. J’espère qu’avec le temps tu comprendras que tu n’as pas vraiment de place à trouver, que la tienne, celle que tu as toujours eu est toujours bien là et que tu n’as pas à en bouger.

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Un commentaire sur « Ta place »

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