Publié dans Le parcours du combattant, Papotage

Témoignages de Paranges : survivre au deuil périnatal – Audrey et son Ange

Aujourd’hui c’est un tout nouveau témoignage, celui de ma copinaute-mamange Audrey. Audrey est une femme super chouette que j’ai rencontré, tout comme Typhanie qui a témoigné hier, sur un forum qui traitait du deuil périnatal. De fil en aiguille, les liens se sont tissés et nous sommes devenues quasi inséparables à se soutenir au moindre problème, à la moindre angoisse, dans les petits bonheurs comme dans les grandes tristesses. Elle m’a beaucoup aidé, soutenue.
Malheureusement, avec le temps, nous nous sommes un peu perdues de vue, nos vies faisant, mais elle gardera toujours une place privilégiée dans mon histoire personnelle et dans mon coeur…

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Voici son histoire…

Je suis âgée de 30 ans. En couple depuis 11 ans, mon chéri et moi décidons, en 2012, d’entreprendre enfin les essais bébé 1 pour mon plus grand bonheur puisque je rêvais de ce moment depuis notre rencontre, mais monsieur était plus récalcitrant…Par chance, je tombe enceinte du premier coup ! Quelle joie !

Tout se déroule merveilleusement bien, j’attends un petit garçon, ce qui était mon rêve. Je continue à vivre comme avant et bébé se développe bien.

Vient alors la deuxième échographie, je suis à quasiment 6 mois de grossesse. Le rendez-vous a été pris avec un peu de retard car le planning de mon gynécologue est bien chargé…
Lorsque je monte dans la voiture pour m’y rendre, je dis à mon mari que “je suis stressée, j’ai peur qu’il y ait un souci” et lui me répond machinalement “tu cries au feu avant de le voir.
Ne voyez pas là d’intuition ou de prémonition, je suis une pessimiste angoissée de nature…

Après quasiment 2 heures d’attente c’est enfin notre tour. Le gynécologue commence l’examen, tout va bien. il se tait parfois, commente à d’autres moments, mais je ne stresse pas car je sais qu’il doit se concentrer pour ne rien louper et que le mutisme est normal.

Et puis, là, le fameux “il y a un souci avec le cœur du bébé, quelque chose ne va pas…”.

Dans ma tête se bousculent diverses émotions : l’incompréhension, la peur, le “non ça ne peut pas être réel, il va nous dire que tout va bien”. Sa collègue vient vérifier à son tour, mais pour elle, également, il y a un souci.

Il nous fait passer dans son bureau et nous explique des tas de choses, avec des termes très précis comme « l’hypo VG », « l’absence d’aorte et « d’artères pulmonaires ». Il nous explique qu’il va également falloir vérifier auprès d’un spécialiste en cardiologie fœtale, mais qu’il faudra attendre 2 semaines.

Se succèdent alors les jours et les nuits les plus longs et les plus durs de ma vie à osciller entre la peur absolue et l’espoir infime qu’ils se soient tous trompés.

Malheureusement, le rendez-vous chez le spécialiste et l’amniocentèse confirment que notre bébé ne doit sa survie qu’au placenta mais ne pourra survivre à l’accouchement… Il faut prendre une décision : soit on interrompt maintenant, soit on va à terme, mais il ne vivra pas…
Nous n’avons pas trop le choix et tant mieux dans un sens…

L’interruption est donc planifiée très rapidement… soit 10 jours après.

Au total, c’est un mois entier à sentir mon bébé bouger dans mon ventre, tout en sachant très bien que bientôt nous lui ôterions la vie. Ce sont des moments inhumains à vivre…

Je n’arrivais plus à voir ce gros ventre, à sentir ses mouvements, à me voir enceinte aux yeux des autres alors que je savais pertinemment que tout allait prendre fin ! J’avais à la fois envie de rassurer mon bébé, de lui parler et en même temps je voulais l’ignorer, faire comme s’il n’était déjà plus là pour essayer de moins souffrir, d’anticiper son absence…

Le lundi 6 février à 8h, je me rends au rendez-vous pour la première prise de comprimé.
Le mardi 7 février à 20h, je suis hospitalisée avant le déclenchement de l’accouchement. Je craque et mon chéri me console en me disant qu’il est là et que je suis courageuse. Il décide de rester dormir à l’hôpital.
Le mercredi 8 février à 5h du matin, je ressens les premières contractions. Je dois prendre à nouveau des comprimés… A 10h, je demande la péridurale et on me descend en salle d’accouchement. Sous l’effet de la péridurale je revis, quel soulagement de ne plus souffrir dans mon corps. Les sages-femmes et l‘anesthésiste sont d’une gentillesse exemplaire.

A 12h je dis à mon mari d’aller manger  car ça risque d’être sûrement encore long, mais peu de temps après je sens que ça pousse fortement et la sage-femme me dit “vous allez expulser madame”.  Je ne veux surtout pas vivre ce moment seule, on va donc chercher mon mari.
 Je sens le bébé arriver. On me demande de pousser et je fais de mon mieux, puis je le sens sortir…

Mon mari est là tout au long, il me tient la main, me regarde me parle et me rassure. Je serre fort sa main pour me donner du courage et me plonge dans son regard rempli plein d’amour.

Au moment où le bébé arrive, je craque.
La sage-femme me dit de pleurer, d’évacuer. De toute façon je ne peux pas faire autrement, alors je pleure. Le sentiment que j’ai ressenti au moment de sa venue est complètement indescriptible. J’ai l’impression d’avoir été quelqu’un d’autre à ce moment, une mère qui accouche sans l’être vraiment.

J’ai tellement eu envie de l’attraper au moment de la naissance et de le coller contre moi. Ce réflexe instinctif m’a fait mal, autant que de ne pas l’entendre crier.

Il est né à 12h55, il mesure 32 cm pour 570g, un grand pour son âge (22 sa + 6).

Sur le moment, j’ai refusé de le voir, j’avais trop peur. Cependant, je me décide quelques heures après à voir le bébé, même si je suis toujours morte de peur.
Passée la crainte, je le regarde, il est si petit mais si beau et parfait. il est calme et tranquille. Je sens qu’il n’a pas souffert.
Son nez, son visage, ses mains, tout est parfait!
J’avais besoin de voir que j’avais porté et senti un “vrai” bébé. Je ne veux surtout pas oublier que j’ai été enceinte. Je voulais voir ce qui était sorti de moi, ne pas le renier et lui offrir cela.

Le retour à la maison et à la vie “normale” s’est fait comme entre parenthèses, envie de rien, à part peut être pleurer et ressasser…

Mon premier exutoire a été le sport, déjà véritable passion avant, c’est devenu mon salut, ma drogue. Une grosse séance quotidienne me permettait d’évacuer toute ma rage même si je m’effondrais en pleurs juste après sans pour autant me perdre totalement.
la douleur de l’exercice, la sueur, le fait de voir mon corps redevenir progressivement “comme avant” m’a fait du bien, je ne voulais conserver aucune trace physique de cette grossesse pour repartir à zéro.

Il y a ensuite, bien sûr, eu le groupe de soutien créé avec d’autres mamanges rencontrées lors de cette terrible épreuve, dont Mumcha faisait malheureusement partie.
Ce groupe et les amitiés qui s’y sont tissées m’ont permis jour après jour de ne pas sombrer, de ne pas me sentir seule et surtout de pouvoir parler, parler sans être jugée, parler de choses que je n’osais dire à personne, pas même à mon mari.

Je tiens également à souligner que l’association Petite Emilie m’a été d’un grand secours dans les jours qui ont précédés l’interruption, c’est sur leur site et grâce à leur livret que j’ai réussi à comprendre ce qui m’attendait et que j’ai pu répondre aux questions « administratives » de la disparition de mon bébé.

Quelques mois après, nous avons repris les essais afin de ne pas rester sur “cet échec” il nous semblait impossible de guérir tant que cette blessure ne serait pas cicatrisée, il me fallait mener une grossesse à terme, me prouver que j’en étais capable !

Pour la 2ème fois, je suis tombée enceinte au 1er essai, mais je sentais que quelque chose n’allait pas… Normal après cette première grossesse…
Inquiète, j’allais toutes les semaines faire une écho de contrôle, mais malgré les dires du gynéco, ce que je voyais ne me rassurait pas, ça ne “collait pas”… Et dans un sens, j’ai eu raison, puisque quelques semaines après la sage-femme m’annonçait que le cœur s’était arrêté.
Je n’étais “qu’à” 9 semaines. La « fausse couche » a été provoquée par médicaments, et, bien que douloureuse, je ne l’ai pas aussi mal vécue que l’Interruption Médicale de Grossesse (IMG).

Après quelques mois de repos, nous nous sommes relancés dans les essais. Pour moi, ce troisième essai était le dernier.

Je suis rapidement tombée enceinte, et cette fois tout s’est passé à merveille avec la naissance en août 2013 d’un merveilleux petit garçon actuellement en parfaite santé.

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3 commentaires sur « Témoignages de Paranges : survivre au deuil périnatal – Audrey et son Ange »

      1. je n’ai pas mis j’aime car je n’oses pas dans ces cas mais bravo! je n’ai pas connu ce drame mais je me doute que tout ces témoignages sont d’une grande aide psychologique pour beaucoup, donc c’est bien je trouve , triste…très triste (le mot est faible mais il n’en existe pas d’assez fort) mais utile.

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