Publié dans Grossesse, Premiers pas de maman

Profite

« Profite! »

Voilà ce qu’on me répète, me ressasse, me rétorque, me rappelle depuis 3 semaines maintenant -bon, en fait, depuis 6 mois, mais jusqu’alors, ça ne me dérangeait pas-. Croyez-moi, tous autant que vous êtes, j’ai bien essayé de « profiter ».

Oui, ce sont nos derniers instants « 2en1 ». Je le sais, merci.
Oui, ce sont les derniers jours où je la sens bouger en moi, où elle n’est rien qu’à moi. Ça aussi, je le sais.
Oui, il faut laisser le temps au temps.
Oui, après ce ne sera plus pareil. J’ai déjà eu un enfant, et je ne souffre pas encore d’Alzheimer.
Oui, très certainement que ça va me manquer, au moins autant que ça m’avait manqué après la naissance de Zarico. Je répète, j’ai déjà eu un enfant.

Oui, je sais, je dois profiter, ce sont mes derniers moments « avec ce gros ventre » à tout jamais puisque c’est plus que très certainement ma dernière grossesse. Non, sans déconner? Je n’étais pas au courant!

Alors merci. Merci pour tous ces précieux conseils, que je connais par cœur, mais non merci. Non, vraiment, je n’ai plus envie de profiter.

J’ai profité, enfin, j’ai réussi à profiter de cette grossesse, mais j’ai profité, ça c’est sûr. Je me suis mise des coups de pieds monumentaux pendant ces 9 mois pour « profiter ». Pas parce qu’on me l’a conseillé, pas parce qu’on m’a dit de le faire. Non, parce que j’en ai décidé ainsi, toute seule, comme une grande fille. Je suis adulte et capable de prendre mes propres décisions, quoique l’on puisse en penser.

2016-01-25_09.46.15

J’ai voulu que cette grossesse, que cette dernière grossesse, soit heureuse, remplie de sérénité. Je n’ai voulu en aucun cas revivre ce que j’ai vécu en attendant Zarico. Je n’ai pas voulu, encore une fois, m’empêcher de vivre pendant 9 mois, me lever avec la peur au ventre, suspendue au moindre signe (que je jugeais toujours mauvais), me coucher en larmes, totalement engluée par la peur de le perdre. Pour le coup, je n’ai pas profité de ma grossesse, et c’est mon plus grand regret.
Alors, j’ai voulu vivre cette grossesse comme elle venait, ou plutôt comme elle est venue en fait, comme une jolie surprise, un cadeau. Un moyen de vivre enfin une grossesse comme je l’entendais, je le désirais.

Bien sûr, elle n’a pas été toute rose, mais j’ai décidé de passer outre parce que ce n’était pas le plus important. Les débuts ont été difficiles. Beaucoup de vomissements qui ont duré, duré, duré, sans jamais vraiment me quitter, en fait, une fatigue intense que je n’avais pas ressenti pour Z., un décollement et un hématome qui m’ont forcée a rester tranquille quelques mois, mais tout ça, ce n’était pas grave. Notre Lady allait bien et ce premier trimestre s’est tout de même terminé assez paisiblement pour laisser place à un deuxième trimestre plutôt calme et très serein. Je crois, j’en suis même sure, je peux le dire, je n’ai jamais autant été aussi heureuse et bien dans ma peau qu’à cette période.
Il est passé à une vitesse folle, ce second trimestre. Lundi commençait à peine que vendredi pointait le bout de son nez. Les semaines ont défilé sans que je ne parvienne jamais à les retenir un minimum.

Le troisième et dernier trimestre était déjà là, et avec lui, son lot de fatigue et de douleurs.

On m’avait prévenue, soit je serais tranquille tout au long de ma grossesse, soit la maladie prendrait ses aises. Elle a choisi la deuxième option et s’est même bien installée. Chaque pas, chaque mouvement est devenu un enfer. Faire 100 mètres à pieds relevait du parcours du combattant. Porter, laver, emmener Zarico aux toilettes, le faire manger, sont vite devenus intolérables. M’occuper de notre appartement, faire une tournée de linge ou même passer un coup de chiffon sur les meubles sont rapidement devenus une torture. J’ai dû tout arrêter, jusqu’à ne plus pouvoir m’occuper de mon fils.

Alors, oui, je l’avoue c’est peut être aussi, et surtout pour ça qu’au bout de 270 jours, je considère en avoir assez profité. Ne plus pouvoir s’occuper de son propre enfant pendant presque 3 mois porte plus du châtiment que du fait de « profiter ». Je n’ai plus envie de profiter, enfin si, mais plus de ma grossesse.

Je veux profiter de mon fils. Je veux pouvoir faire ce que je veux, quand je le veux ou plutôt quand lui le veut et me le demande sans avoir à lui dire « maman ne peut pas » au bord des larmes. Je veux pouvoir l’amener de nouveau au parc, je veux pouvoir lui redonner son bain, je veux pouvoir rejouer à cache-cache, je veux pouvoir lui refaire des câlins dans son lit le soir.
Je ne veux plus l’entendre me demander si je vais bien, si je n’ai pas trop mal là ou là, si j’ai besoin de mes béquilles pour me lever du lit, je ne veux plus l’entendre me murmurer que « ça va aller, je suis là maman ». Non, ce n’est absolument pas son rôle, pas à 2 ans.

Je suis sans doute exigeante, je suis sans doute peut être trop égocentrique. Je ne suis sans doute pas ou plus très courageuse, parce qu’au pire, il me reste quoi, 10 jours à tenir? Oui, mais pour moi ce sont 10 jours de trop. 10 jours à devoir encore patienter avant de retrouver « ma vie d’avant » celle où je pouvais m’occuper de mon enfant.

Et puis ne nous mentons pas, il y a toujours cette petite voix de derrière les fagots, qui aime me rappeler que la vie est une pute peut parfois se jouer de nous et qui ne me lâchera que lorsque notre Lady sera là, bien là et aura poussé son premier cri, celui qui me délivrera de cette angoisse que je tente tous les jours de refouler. Je crois que je pourrai vivre 15 grossesses que ces « et si » resurgiraient tôt ou tard. C’est un combat de chaque instant de les ignorer et de passer outre. J’ai à peu près réussi cette fois-ci quand j’ai totalement échoué pour Zarico. Je dois l’avouer, j’en suis assez fière. Mais, la fatigue et les nombreuses nuits blanches qui s’accumulent n’aident pas, et ces « et si » prennent peu à peu le dessus sur mon positivisme superficiel.

Je crois donc qu’il serait temps qu’on arrête de me dire de profiter parce qu’au fond même si j’ai réussi à profiter de cette grossesse, je pense que je m’interdirai toujours de profiter pleinement et de m’abandonner à cet état, qui je le sais, reste précaire et peut basculer à tout moment. Alors oui, c’est un peu triste quand même, quand je dresse le bilan de cette grossesse, mais je dois avouer que le seul moment où je profiterai totalement, c’est le moment où j’aurai mes deux enfants avec moi, dans mes bras. Voilà, là, j’en profiterai, c’est sûr.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s