Publié dans On n'est pas que des mamans!

Et te revoilà

Et tu reviens
Comme d’habitude
Comme dans ce foutu vieux refrain
Qui me colle et m’englue
– Brigitte « Et Claude François » –

Cher toi,

Ne crois surtout pas que je t’ai oubliée. Oh! Non! Comment aurais-je pu?

Toi, qui, a chacun de tes passages me laisse un goût amer, toi qui me délivre en me laissant, pour seul cadeau de départ, cette terrible angoisse de ton retour prochain qui grignotera toujours un peu plus mes forces et mon moral, toi qui sait si bien gâcher mon quotidien, mon bonheur et la joie de vivre qui devrait m’envahir.

Je te connais bien, tu sais. Tu bouffes la vie de pas mal de monde dans mon entourage. Un héritage familial paraît-il. Tu parles d’un cadeau.

Je sais chacun de tes gestes, chacun de tes mouvements, de tes déplacements. Je peux même sentir quand tu approches. Tu t’es présentée à moi, l’an dernier, plus puissante que jamais. Papa m’a appris, il y a bien des années, que tu aimes les variations atmosphériques. Il avait raison. Tu m’as habitée, tu m’as hantée, tu m’as empoisonnée des mois durant, sans me quitter, jour et nuit.

Le seul soucis, c’est que je sais quand tu arrives, jamais quant tu repars. Tu t’immisces, l’air de rien, tu t’installes paisiblement, doucement, durablement mais avec force et conviction.
J’aime à t’imaginer comme un serpent qui se glisserait dans les moindres recoins de mes articulations, les bloquant comme un grain de sable bloquerait les engrenages d’une machine bien huilée.

Tu m’as faite pleurer, tu m’as faite hurler. Je me suis renfermée. Il fallait t’affronter. Il fallait t’accepter, toi qui me handicape, qui ’empêche de m’occuper de mon enfant, de m’atteler aux tâches du quotidien. Ça m’a pris du temps, beaucoup de temps.

Une chose est certaine, je ne voulais pas te laisser gagner.

Avec le temps, et le répit que tu as bien voulu m’octroyer, je pensais être passée au dessus, même si, la fatigue aidant, par moment, tu réussis à reprendre le dessus. Et, comme Docteur Jekyll et Mister Hyde, je dois apprendre à gérer ces deux parties de moi-même totalement opposées.

Beaucoup n’ont pas compris cette transformation. Le fait que je sois devenue aussi aigrie par moment, aussi changeante. Le soucis, c’est que je suis un coffre à sentiments. Je ne suis pas vraiment du genre à éclater mes peines au grand jour, où à dire ce qui ne va réellement pas.
Alors, ces dernières années, c’est sûr, les épreuves que l’on a dû affronter, les peines accumulées, les douleurs qui se sont entassées et jamais vraiment cicatrisées, quoique les gens peuvent penser, ton arrivée incongrue et le fait que tu aies décidé de te coller à moi, comme une moule à son rocher, m’ont en effet, profondément changée.
Essayer d’être douce, gentille et avenante, tout le temps, ce n’est pas toujours évident quand, dans des moments de faiblesse, tout remonte à la surface.

J’essaie de passer outre, de toutes mes forces, mais le fait est que je suis en colère. Je n’ai jamais cessé de l’être depuis 4 ans maintenant et ton arrivée n’aura rien arrangé.

Le soucis avec toi, c’est la souffrance et le handicap que tu me procures. C’est invisible à l’œil nu pour quiconque ne te porte pas en lui.
Tout a été passé en revu par à peu près tout le monde, mon surpoids, mon manque d’activités physique, « mon laissé aller », ma scoliose d’adolescence, ou carrément, le simple fait, que je m’écoute un peu trop. Ça, aussi c’est douloureux, une autre forme de douleur, certes, mais une douleur tout aussi persistante de ne pas être prise totalement au sérieux par les plus proches de ses proches.
« On a tous mal quelque part. »
« Oh! Tu sais, moi aussi j’ai mal au dos! »
« Il faut passer au dessus! »
« Moi aussi, j’ai mal là ou là et j’en fais pas tout un drame. »

C’est comme ça.
On m’a comparée, on m’a jugée, on m’a totalement ignorée.

Du coup, j’ai pris le parti de me taire. A quoi bon ressasser quelque chose dont on ne peut pas se débarrasser.

Je te le concède tout de même, tu as su me laisser un peu de répit, et je t’en remercie. On m’avait d’ailleurs prévenue que tu me ficherais la paix le temps de ma grossesse ou bien que tu prendrais de l’ampleur. Tu auras fait les deux finalement.
Les deux premiers trimestres se sont déroulés sans véritables accrocs. Je m’en réjouissais! il n’y avait rien à noter de spécifique à part l’ankylose de mon bassin.

Mais c’était sans compter sur ta fourberie.

Alors tu es revenue. Tu t’es réinstallée tranquillement, l’air de rien. Tu as repris tes places de choix, éprouvant toujours un peu plus mes sacro-illiaques, puis tu t’es étendue, petit à petit, pour gagner mes chevilles, mes genoux, mes poignets et mes doigts. Je suis redevenue cette mamie de 80 balais, enceinte, qui met trois quarts d’heure à pouvoir se mouvoir et enfin se lever de son lit.

Sans traitement possible, c’est compliqué. La douleur est compliqué à gérer. J’ai bien tenté l’ostéopathie, qui, habituellement me soulage, mais pas cette fois. On m’a prescrit du paracétamol. Du paracétamol, du pipi de chat quoi quand habituellement on me passe sous morphine…

Je te hais, si tu savais comme je te hais.
Je te hais pour tout ce que tu me fais endurer.
Je te hais parce que tu m’as transformée.
Je te hais parce que tu m’empêches de vivre la vie que je voudrais.
Je te hais pour ce que tu m’as fait devenir.
Je te hais parce que tu me fais me haïr.
Je te hais parce que tu es fourbe.
Je te hais parce que tu es plus forte que moi et que tu finis toujours par reprendre le dessus.
Je te hais parce que personne ne te vois.
Je hais ton appellation, laide et morne, à ton image.
Je te hais, spondylarthrite ankylosante.

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7 commentaires sur « Et te revoilà »

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