Publié dans Humeurs, Premiers pas de maman

Allaitera, allaitera pas? Et si on me laissait faire mon choix?

Ah, l’allaitement, la grande question du siècle. Alors « elle allaitera-t-y? ».

Lorsque tu tombes enceinte, c’est très souvent la deuxième question que l’on te pose après celle de la préférence du sexe de bébé. Et tu te retrouves vite, bien malgré toi, au milieu d’une guerre de clan, façon Game of Throne.

Je te plante le décor, d’un côté la famille Tits-Nipples et, de l’autre, la famille Teats-Bottles. Ils ne se battent pas pour le trône de fer ceux-là, non. Ils se battent pour le trône de lait. Ils se foutent sur la tronche pour savoir quel lait tu donneras à ton bébé. Oui, oui, TON bébé.
L’une te vantera les mérites du lait de nichons, sans concession, celui qui fera de toi une Wondermum, celle qui ne pense qu’au meilleur pour son enfant, avant même que tu n’aies eu le temps de répondre ; l’autre prônera la tétine en silicone, plus pratique, moins avilissante, moins égoïste pour le papa, plus 21ème siècle, celle qui te permettra de chanter « Libéréeeeee! Délivréeeeee! » avant d’aller te coucher parce que tu n’auras pas à dégainer ton nibard la nuit tombée.

Chacune a ses arguments, ses tactiques. Chacune se réclame d’être la meilleure pour accéder au trône de lait. Elles veulent y arriver par tous les moyens, jusqu’à t’embobiner, te faire perdre la raison.

Oui, mais, ce qu’elles n’ont pas compris, c’est que NORMALEMENT, c’est TON choix, à toi. Et qu’elles n’ont rien à redire. Normalement.

Je dis bien normalement. Car comme toujours dès lors que tu as un enfant, on se sent obligé de se mêler de ta vie, de tes choix. Le plus souvent on aime même décider à ta place. Tu veux une fille parce que tu as déjà eu un garçon, tu dois allaiter parce que c’est ce qu’il y a de mieux pour ton bébé, tu dois biberonner parce qu’on ne t’imagine pas allaiter, tu dois faire ci, tu dois faire ça. Et surtout, surtout, FERME-LÀ! Et fais ce qu’on te dit!

Bon, je m’emballe un peu. Je fais ma journaliste. Les Tits-Nipples et les Teats-Bottles sont un peu plus fins que ça. Ils s’immiscent comme des serpents dans ton esprit et le retourne totalement.
Tu me diras que je suis indécise aussi, que je pourrai avoir un choix arrêté, allaitera ou allaitera pas, ce n’est quand même pas si compliqué que ça, non???

Sauf que, comme pour tout dans la vie, tout n’est pas tout rose ou tout noir. Il est des choix que l’on n’arrive pas à faire comme ça, en un claquement de doigt. Je dois avouer aussi que je me laisse vite décourager.

Pour Zarico, dès le départ, ce fut assez simple. Mon choix était fait. La question ne se posait même pas. Je n’allaiterai pas. Point. Sans doute par manque de maturité, peut être aussi parce que je n’étais pas totalement remise de tout ce qui m’était arrivé avant. Je ne saurai le dire.
Si en fait.
Plein de choses ont joué en la faveur des Teats-Bottles, ils n’ont même pas eu à prendre le pouvoir par la force.
Je suis issue d’une famille de non-allaitantes, enfin si, mais je n’en ai jamais vraiment vu. ma mère a biberonné, elle n’a pas eu le choix, des césariennes en urgence, des bébés en souffrance, une femme épuisée. Le biberon a pris le pouvoir par la force des choses. Je me souviens donc de ma maman, mon modèle, soyons clair, nourrir ma sœur au biberon. Il y a bien eu ma tante, mais ça ne m’a pas plus marqué que ça. Plus grande, il n’y avait pas d’autres « jeunes mamans » dans mon entourage adepte de l’allaitement maternel, toutes biberonnantes.
Une fois mon tour arrivé, je n’avais donc aucun modèle d’allaitement. J’étais la première à endosser le rôle de maman. Je n’avais aucune amie maman, enfin à l’époque.

Ce qui a également penché dans la balance, en faveur du silicone, c’est que je suis très très (très très […] très) complexée par ma poitrine. Pas du genre petit complexe du bourrelet sous le nombril alors qu’en fait il n’y en n’a pas, non. Le genre de méga complexe, celui, que même te foutre à poils devant ton mec, est un véritable enfer et te donne envie de pleurer. Ce genre là.
Je fais 1m63 pour un bon 90F/G, c’est impressionnant, trop. Puis, avouons le, madame Gravité ne m’aide pas vraiment à les aimer ces deux énormes machins qui pendouillent et se rapprochent de plus en plus du sol avec les années. Alors, devoir sortir ces « choses » pour nourrir mon tout petit Zarico était juste intolérable à mon esprit.

Au dernier moment, je fus tout de même tentée par la tétée dite d’accueil, sans doute sous le poids des jugements et des petites réflexions lancées par-ci, par-là…
« Tu n’allaiteras pas? Quel dommage! »,
« Nan, mais ne pas allaiter à cause d’un complexe à deux balles, c’est totalement con! »,
« On a toutes des nichons, c’est pas un mamelon qui va exciter tout le quartier »
(ça donne envie, hein?),
« Mais c’est tellement naturel! »,
« Ah… Pourtant, c’est le meilleur pour ton bébé, C’est pas ce que tu veux pourtant? »
.
Cette dernière phrase résonne encore en moi. Je ne voulais donc pas ce qu’il y avait de mieux pour mon bébé? Étais-je déjà considérée comme une mauvaise mère avant même qu’il ne soit né?
Non, il fallait au moins que j’essaie, même si je n’en avais pas vraiment l’envie. J’avais comme quelque chose à prouver aux Tits-Nipples… Je la ferai cette tétée d’accueil. Au moins, j’aurai essayé.
Bon, la nature en a décidé autrement. Un soucis au foi, une césarienne en urgence, un traitement lourd à prendre une fois Z. venu au monde, m’ont empêchée de tenter cette foutue tétée.
Non, il n’y avait pas d’autres moyens, comme l’on prétendu certains Tits-Nipples. C’était ça ou je crevais. Je n’allais pas mourir pour du jus de nichon.

Dorénavant, les choses ont changé. Pas mes nichons, rassure-toi, ils pendent toujours autant.

Par contre, j’ai mûri. J’ai réfléchi. Je me suis posée. J’ai lu, beaucoup. Je me suis renseignée, tellement plus que pour Zarico. J’ai pesé le pour et le contre.
Durant ces deux dernières années, j’ai tellement appris grâce à mon Zarico. J’ai appris à être maman, et j’en apprends encore tous les jours. Cette fois, je ne me lance pas dans l’inconnu. Je sais ce que c’est que d’avoir un nourrisson à la maison.  Je sais ce qui m’attend, même si un enfant ne fait pas l’autre. Je connais la fatigue, je connais le baby blues, je connais les joies, les peurs, les angoisses. Je sais ce que c’est que d’être parent.

Alors, cette fois, et contre toute attente de mon entourage, je vais tenter l’expérience allaitement. Pas pour les autres, pas parce que l’on m’y a poussée, pas parce qu’on me l’a conseillée. Pas parce que pour la société, c’est ce qu’il y a de mieux pour mon bébé et que l’on devrait toutes faire ça. Non parce que j’ai envie de tenter. Si ça fonctionne, tant mieux. Si ça loupe, tant pis.

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Crédit : SoeurdeMoi – Reproduction interdite

Encore une fois, j’ai eu droit aux réflexions blessantes, mais, dans le sens inverse cette fois. Tellement peu encourageantes, que la moi d’il y a deux ans aurait reculé sans sommation. Si mon cerveau suit bien (et toi avec) pour Zarico j’aurais dû allaiter, alors que pour Mogette je serais beaucoup mieux à biberonner.
J’en ai entendu des « Allaiter? Non, mais c’est pas pour toi!!! »,
« Je ne te vois pas du tout allaiter! »,
« Tu as l’air vachement sûr de toi, mais fais gaffe, je ne suis pas sûr que ce soit fait pour toi! »,
« Tu vas sortir tes nichons devant tout le monde??? »,
« Pfff, tu n’y arriveras jamais! Les crevasses, la fatigue tout ça, c’est pas pour toi! »,
« Ça me fait bien rire que tu dises que tu veuilles allaiter, honnêtement je crois pas que ça fonctionne! »
Encourageant n’est-ce pas? Alors, c’est sûr, ceux qui disent ça, je les connais, ils m’aiment, ils veulent ce qu’il juge le mieux pour moi. Oui, ce qu’ils veulent. Pas ce que je veux, moi.
Je suis sure de mon choix, sauf que pour que l’on me fiche la paix, j’en arrive à dire que « je veux juste tenter l’expérience ». Dans un sens, c’est le cas. Sauf que, ces paroles restent blessantes, et même si ce n’est pas dit dans ce sens, pousse encore une fois, la fille qui a peu confiance en soi à avoir encore moins confiance en elle….

Seulement, n’en déplaise, je veux allaiter. Avec quelques réticences quand même. Je ne tomberai jamais dans le jugement des Teats-bottles parce que je sais ce que c’est que de crouler sous le poids des reproches parce que « l’on n’a pas choisi le meilleur pour son bébé », parce que je ne suis même pas sure de réussir, de tenir la cadence. Je ne suis pas sur-humaine, et non, je ne me tuerai pas à l’allaitement, parce que j’ai une petite santé et que la maladie chronique dont j’ai hérité me fatigue déjà bien assez vite comme ça.

J’ai alors commencé à lire des bouquins. J’ai vite laissé tomber. L’ancienne biberonnante que je suis s’est trop sentie visée. Les leçons de morale à deux balles, trop peu pour moi. Des phrases m’ont terriblement choquée. J’ai biberonné, je ne le renierai jamais, et je ne regretterai jamais mon choix.

Alors quand je lis « allaiter c’est continuer ce que mon corps à commencé il y a neuf mois : nourrir SEUL mon bébé », ça me choque. Désolée.
Ça me choque, parce que je pense à M’sieur Stache. Alors oui, je sais, le papa peut faire autre chose. Mais non, nourrir son enfant, c’est important, c’est particulier, c’est fort. C’est un moment précieux, même « quand on donne le biberon ». Oui, Zarico a été nourri au biberon, et oui, contrairement à ce que l’on peut lire à droite et à gauche, nous sommes très (top) fusionnels, ces moments de biberons étaient des moments forts en émotion, plein de tendresse et d’amour, fort en complicité. Pour son papa, comme pour moi. Nous avons toujours été et seront toujours sur le même pied d’égalité. C’est donc pour ça, que, dès que je le pourrai, et contrairement à ce qui est dit dans ce bouquin, je tirerai mon lait, pour que, lui aussi, goûte à cet instant de fusion. N’en déplaise encore une fois aux autres.
Quand je lis « allaiter c’est ce qu’il y a de mieux pour votre bébé. Le seul parfaitement adapté à sa santé et sans huile de palme », je trouve ça affreusement accusateur, jugeant et parfaitement culpabilisant pour les mamans biberonnantes.
J’ai donc arrêté ces livres bien trop jugeant, moralisateur et bien trop éloigné de ma façon de penser et d’agir.

J’allaiterai comme je l’entends et pas comme on me dit de faire. Je n’allaiterai pas à la vue de tous, bien que « ce soit merveilleusement naturel et pas sexuel », je vis dans un quartier particulier, je ne sortirai donc pas mon nichon au milieu du jardin d’enfants. J’en ai vu des bonhommes se rincer l’oeil sur un nichon nourrisseur au parc. Je ne sortirai pas mon nibard en société, même devant la famille ou les amis, parce que, oui, mes seins me complexent, non pour moi sortir mon sein, n’est en rien naturel et je ne me sens pas de dégainer la marchandise devant beau-papa qui découpe le poulet. Je préférerai donc m’isoler ou, si ce n’est pas possible, tirer mon lait au préalable. Et, oui, je tirerai mon lait. Parce que c’est ma décision.
J’allaiterai le temps qu’il faudra, et surtout le temps que je pourrai. Je sais que mes douleurs articulaires vont revenir en force une fois Mogette venue au Monde. Les médecins m’ont prévenue. Dans ce cas, je ne sais pas ce que donnera l’allaitement. Je ne me pose pas la question, je verrai bien.

En attendant, dans mon Monde de Licornes et de Paillettes, je continue de rêver qu’un jour, toutes les mamans, biberonnantes ou allaitantes, puissent faire ce que bon leur semble sans qu’elles ne soient jugées, culpabilisées ou maternées. Qu’elles ne soient pas « forcées » de choisir un clan coûte que coûte.

J’ai été biberonnante, je serai allaitante, ou du moins j’essaierai parce que c’est mon choix.

Et vous?

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8 commentaires sur « Allaitera, allaitera pas? Et si on me laissait faire mon choix? »

  1. Moi je suis une allaitante 100% depuis 30 mois et ca n’est pas fini 🙂
    Je n’ai jamais donné un seul bib a mon Loulou, qui de toute façon n’en voulait pas…. Je suis aussi issue d’une famille de non allaitante (à qui on a raconté qu’elles avaient du mauvais lait etc etc)
    Je suis fière de mon allaitement, d’avoir tenu malgré un épuisement flagrant…

    Quand il y aura un 2ème, je n’envisage pas autre chose que l’allaitement …

    Je suis vraiment pro allaitement mais pas anti bib, on a la chance de pouvoir choisir alors on devrait se respecter et se soutenir plutôt que de tirer dans les pattes…

    En tout cas je te souhaite de vivre cette expérience unique, avec de vrais moments de bonheur, peu importe le temps que ça durera… Le seul conseil que je pourrais te donner pour éviter que ca « rate » prématurément est d’éviter le bib les 6-8 premières semaines 😉
    (Bcp d’allaitements loupent dans ce laps de temps car bb fait vite une confusion sein/biberon… Et ca laisse souvent des regrets…)
    Mais apres, tu as raison de faire ce choix pour toi! Et puis… Vis le comme tu as envie de le vivre! 🙂

    1. Merci pour ton commentaire, je suis ton blog avec délice même si je suis discrète!
      Je suis totalement d’accord avec toi, je trouve ça tellement triste de se tirer dans les pattes pour ça. On devrait plutôt se soutenir, devenir parent est déjà assez dur comme ça sans avoir besoin d’être jugée!

      Pour l’histoire de tirer mon lait, j’éviterai au maximum au début, le soucis c’est si je tombe en crise articulaire, je ne pourrai plus allaiter, je serai donc obligée de tirer mon lait. Je croise les doigts pour que non!

      Merci en tout cas ❤

  2. Je ne dirai rien parce que c’est effectivement une décision, une expérience qui t’appartiennent (tout comme ce sont tes seins, tes enfants, ton mari et votre histoire…) mais juste que « jus de nichon », ça m’a bien fait marrer 😉

  3. partage d’expérience : l allaitement au début je ne savais pas et puis l essai a ete convainquant !! Ma fille avait un bib en plus à partir de ces un mois car elle ne prenait pas assez de poids et elle a aussi une tétine !! Dc un seul conseil a mon avis fais comme toi tu le ressens et comme le ressent ton bébé seul vous pourrez dire si cela vous convient !! Et le papa dans tout ça il est primordial car sans son aide l allaitement n aurait pas été possible !! Bonne fin de grossesse !!

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