Publié dans Papotage, Premiers pas de maman

On veut voir le bébé – où quand la maman n’existe plus

Tomber enceinte, c’est merveilleux. Enfin pour la plupart. C’est mon cas, je ne vais pas le nier. Oui, c’est merveilleux, tant que tu restes dans le cocon de ton domicile, ton mari, toi, loin du reste du monde. Oui, parce qu’une fois sortie de ton nid douillet, il y a les Gens. La tante Berthe, la vieille cousine Lucette, la boulangère, la pharmacienne, ta mère (coucou maman!), le voisin, la grand-mère, la cliente devant toi à la caisse, tous sont susceptibles de commettre l’irréparable…

Et toi, crédule que tu es, tu n’y pensais pas à ça. Tu ne pensais pas que ça serait possible. Pourtant, tes parents, l’école, tout le monde t’a toujours dit que tu étais une personne à part entière, que tu devais agir en ton nom et être toi.
Si tu as eu la grande chance de te taper 9 heures hebdomadaires de philo fait de la philosophie au lycée, on t’a même appris que tu étais dotée d’un Moi et d’un Surmoi. Que des « toi » quoi.
Si tu es normalement constituée, tu as donc un corps, une âme (c’est discutable), une façon de penser, d’agir, d’interagir, un caractère. Bref, tout un tas de petites choses qui font que tu es Toi, un Être qui respire et qui est.

Sauf que voilà, maintenant, tu es enceinte, et tout ça, ça va changer ma Cocotte. C’est fini toutes ces histoires, ton Moi, ton Surmoi. Ne t’imagine pas une seconde de plus en Être humain à part entière.

Dorénavant, tu seras un Utérus sur patte (c’est un peu comme un Commandement tu vois).

VAAAGIN

Crédit : Soeurdemoi – copie interdite. 

Oui, un utérus sur patte, ça donne à peu près ça. Tu flippes, hein? Et bien pourtant, c’est ça (et peut être aussi un peu la décadence de la tête torturée de Soeurdemoi).
Si tu veux une version plus poétique, nous dirons que tu es un ventre monté sur jambes.

Dès lors que l’annonce sera faite, ou que ton ventre s’arrondira, on ne te regardera plus dans les yeux mais dans le nombril, pas au sens de centre du monde hein mais plutôt dans le sens « ton utérus porte la vie c’est formidable ».

Au fur et à mesure, les gens ne te demanderont plus comment tu te portes mais plutôt « comment va le bébé? ».
Ça pourrait encore aller, c’est gentillet même, ils pensent à cette petite chose qui grandit en toi.

Oui, jusque là, ça va.

Là, où ça commence à pêcher, c’est quand on te colle une main mielleuse sur ton ventre rebondi -sans permission, bien sûr- et que ce « on » commence à s’adresser directement au bébé d’une voix gâteuse, oubliant totalement qu’il y a une enveloppe charnelle autour de cet utérus qui accueille ta future progéniture.
« Alors? Comment tu vas bébé? Tu pousses?! » (C’est sûr, il va te répondre que « oui »-grognasse- tends bien l’oreille!).
« Coucou bébé! Tu m’entends? C’est [insérer le nom de votre choix]! Il bouge là? (Ah! Tiens! Je ré-existe!) Ah! Oui, je le sens, il bouge! (Ah! Ben non fausse alerte!) ».
« Oh! Mais, qu’est-ce qu’il y a là dedans? C’est Mogette! Elle mange bien dans le ventre de maman la Mogette à sa [insérer le nom de votre choix]! »
Évidemment tu en as de plus poli, enfin si on peut dire, qui, [ose] demande[r] la permission. Ils s’attendent à quoi? A un « oui »? Sérieusement? Surtout, que la plupart du temps, ils n’attendent pas ton « oui » tant espéré qui en fait serait plutôt un « non ».

A ce moment précis, sache que ton ventre est tombé dans la propriété publique. Il appartient à tout le monde, sauf à toi.
Et, si jamais, tu oses dire que non, tu ne veux pas qu’on touche ton ventre, tu passeras pour la harpie mal léchée bouffée par les hormones. « Ah? Ben pourquoi? C’est pas méchant! Je veux juste le sentir/ ça porte bonheur/ une petite caresse comme ça, ça n’a jamais tué personne! ».
Ok, alors moi, est-ce que je peux toucher ton cul? Nan parce que j’ai toujours rêvé de faire trembler de la Jelly… ben quoi? C’est pas méchant?!

Et ne crois pas qu’une fois la délivrance passée, tu redeviendras un Être humain.

Dans le meilleur des cas, tu auras eu la chance d’avoir un accouchement de rêve, 2/3 heures de travail, deux poussées et demi, et ta merveilleuse petite merveille, beauté parmi les beautés, à toi, à vous deux, sera là. Profite. Ca ne durera pas.
Et ne crois pas que parce que le travail a duré 22h30, que parce que tu viens de vivre une césarienne d’urgence après des semaines de souffrance, que parce que tu as eu du mal à l’expulser et que tu es morte de fatigue, que parce que tu as eu une terrible hémorragie post accouchement, que parce que l’on t’a ouvert l’entrée du vagin en étoile pour ce que cette merveille puisse sortir, ou que sais-je encore, l’on aura pitié de toi.

On veut voir le bébé. La merveille. La petite chose.

12092752_931505563605908_2063216465_n

Crédit : Soeurdemoi – copie interdite. 

Alors que tu aies une plaie béante de part et d’autre du pubis, à peine refermée, qui te fait souffrir le martyr, sans que tu puisses te lever sans avoir l’impression que l’on t’arrache les entrailles de l’intérieur ; que tu t’en sortes avec une jolie épisiotomie qui te tire tellement fort que tu penses sérieusement qu’ils ont dû te recoudre entièrement le vagin, que tu sois épuisée du travail qui aurait duré bien trop longtemps pour n’importe quel autre Être humain, leur importe peu. Ouai, ouai, tout ça? Peu importe.

On veut voir le bébé. Juste 5 minutes promis. On l’a tellement attendu (pas toi bien sûr).

Si, en plus, tu as eu une césarienne, tu crèves la dalle, mais la « gentille » infirmière t’a chaleureusement indiqué que tu ne pourrais pas manger tant que tu n’auras pas lâché les tonnes de gaz que ton intestin a produit le temps de l’opération.  Comme t’as la dalle, t’es crevée. Alors, ouai, tu rêverais de te lâcher un bon coup, histoire de bouffer leur magnifique julienne de légumes insipide. Le soucis? C’est que tu ne te sens vraiment pas de péter des paillettes qui ne sentent pas franchement la rose devant beau papa. Alors, tu sers les dents pendant que l’on admire ta marmaille. Et tu te tords de douleurs en silence. Sers les dents meuf, tu te reposeras chez toi.

Tu veux juste passer du temps, seul à seul avec ton bébé. Celui que tu as eu juste pour toi pendant 9 mois. Tu veux le découvrir, le toucher, le sentir, t’imprégner de lui, apprendre chaque centimètre carré par coeur, être avec lui et son papa.

Mais non, la société ne te l’autorise pas. Tu auras bien le temps de le découvrir plus tart. Il faut en laisser aux autres. La coutume veut que la famille toute entière défile. Si tu es chanceuse comme moi, tu verras même passer dans ta chambre, à peine 15 heures après ta césarienne, des gens que tu n’as plus vu depuis belle lurette (on parle en année).
il faut donc te dire  que, 10/12 heures à peine après ton vêlage, l’on voudra voir à quoi ressemble cette petite merveille  que tu as couvé 9 mois durant.
Irait-on voir une personne à peine opérée avec une plaie à peine refermée, 15 fois agrafés? Je ne pense pas! On te dira qu’il lui faut du repos. Qu’elle en mettra, elle, du temps à se reposer, à se remettre…
Alors, pourquoi va-t-on voir une femme à peine accouchée quelques heures après sa délivrance? Sans parfois, même, lui demander son avis? Pourquoi débarque-t-on à 15 dans sa chambre?

Parce qu’on ne pense pas franchement à elle. Parce que l’on veut voir son le bébé, voir à quoi ou à qui il ressemble.

Pour ma part, je me suis faite avoir une fois. Pas deux. Je peux bien passer pour la connasse de service. Le vieille meuf en plein baby blues. Même pour celle qu’on prendra pour une sale égoïste.
Peu importe.
Je ne veux pas m’entendre dire, 13h après avoir été opéré, parce que oui, la césarienne est un acte chirurgical, que « j’ai l’air fatiguée », après avoir passée trois semaines sans dormir alors que mon foie commençait à me lâcher, que « je n’ai pas bonne mine », alors que l’on vient d’ouvrir et de refermer l’utérus à l’aide d’une quinzaine d’agrafes, que « j’ai une sale tronche » alors que je suis à peine dé-sondée.
Non, cette fois, je filtrerai les visites. M’sieur Stache est prévenu, la famille avec. Il filtrera les visites. Je ne me retrouverai pas avec 15 personnes dans ma chambre. Cette fois-ci je ne me laisserai pas envahir par la fatigue et par les gens parce que je veux faire plaisir à la collègue de machin, au cousin au 15ème degré, aux amis du père du frère de la soeur de ma tante. Non. Je dirai non.

Publicités

2 commentaires sur « On veut voir le bébé – où quand la maman n’existe plus »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s