Publié dans Mumcha vous dit tout

J’aurais voulu que cette journée dure mille ans

Il est de ces journées qui commencent simplement, de ces journées qui débutent comme n’importe quelle autre journée.

Des journées où je me lève, où je prépare le biberon de Z., puis ces céréales, où il prend son bain comme chaque matin, où je l’enroule dans sa cape de bain, comme un petit wrap, où l’on danse comme des perdus au son de la radio, où l’on fait de longs câlins à s’en étouffer.

Puis, il y a des appels, des appels imprévus en tout début d’après-midi. Un de ses appels de Tinou, sa marraine, qui peut se libérer plus tôt que d’habitude et qui nous propose de passer la journée avec nous, chez Mamizette et Papybou.

Le soleil est là, la chaleur aussi. La bonne humeur a pointé le bout de son nez dès le levé. Je le sais, cette journée sera particulière.
Zarico aussi a dû le sentir, il m’a réclamé sa Tatazuzu toute la matinée. Il a refusé de faire la sieste, il faisait certainement trop beau dehors pour ça.

Après l’avoir récupérée à la gare, nous nous sommes installées dans le jardin de nos grands parents, comme nous le faisons à chaque fois qu’il y a un brin de soleil. Je crois bien qu’on le fait depuis toujours.
Mamizette nous a installé un vieux drap sur la pelouse, comme elle le faisait quand nous étions petites. A l’ombre de l’érable, on refait le monde, on rigole (comme des dindes), on parle sans s’arrêter, on chante beaucoup trop fort des chansons américaines dont on ne connait même pas les paroles. On chahute, on joue à l’eau. Nous avons de nouveau 15 balais et des rêves pleins la tête, comme (trop) souvent.

A une exception près. Un nouvel élément s’est ajouté à nos moments de farniente. Une petite chose de 90 cm qui ne demande qu’à apprendre. Il est là, avec nous, assis entre nous deux, sur ce drap blanc et bleu tout droit sorti des années 90 qui sent bon la lessive de Mamizette.

On se regarde, Tinou et moi, il faut qu’on lui apprenne. On se doit de lui passer le gêne. Ce gêne qui met notre grand mère en panique, qui met les nerfs de notre mère en pelote. Il faut qu’on lui apprenne ce jeu qui se perpétue depuis des années chez nous, et qui énerve les adultes. Il faut qu’on lui apprenne ce jeu si simple que notre père nous a appris avant. Il faut qu’on lui apprenne à jouer à l’eau.

2 bassines d’eau plus tard, un bébé libéré de sa couche, et pas très sûr d’avoir le droit de toucher à ces seaux, scrutant du coin de l’œil, un quelconque « non » maternel, c’est parti. C’est un enfant plein de joie que nous découvrons, des paillettes pleins les yeux et de l’excitation plein le cœur.

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J’assiste à la scène, d’abord en retrait. J’observe, je veux emmagasiner le plus de souvenirs possible, garder ce moment bien ancré dans ma tête, appareil photo en main.

Je le vois avec sa marraine, ma sœur, ma toute petite,  lui montrer comment éclabousser, arroser, barboter. Je suis heureuse. Je la vois lui apprendre ces âneries, et je suis fière, si fière de cette famille unie, de ce petit bout de femme qui prend son rôle tellement à cœur. Je les regarde tous les deux partageant cette complicité si particulière à eux deux.

Il trempe ses pieds dans la bassine, s’assoit dedans, met la tête sous l’eau. Les gouttelettes explosent comme un feu d’artifices.

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Les éclats de rire fusent dans le jardin, et son rire plein d’échos retentit et résonne contre les murs de la maison. Ils emplissent nos cœurs de joie et de bonheur.

Il se lance seul, après quelques minutes d’hésitation, attrape une vieille bouteille, la remplit d’eau et vient me la verser dans le décolleté. Là, c’est sûr, il a compris. Je ris. Je ris et j’explose de joie de le voir si heureux, de le voir rire comme nous avons pu rire, de voir que dans nos têtes d’adultes nous n’avons pas tant grandi que ça. Je suis heureuse de prendre conscience qu’il ne grandira pas au milieu d’une famille qui a perdu son âme d’enfant. Je suis tellement heureuse de me rendre compte qu’on lui apprend les bêtises, que nos parents, avant nous, nous ont transmises. Je me sens tellement pleine d’émotions quand je le vois nous regarder avec son regard mutin, lui aussi rempli d’émotions, quand je le vois fier de nous faire rire avec des sottises que certains ne pourraient comprendre ou valider. On rit, on a 2 ans aussi.

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Les heures passent sans que l’on s’en rende compte. Car, oui, il y a bien une ombre au tableau. Le temps qui coule, comme les mares d’eau sur la terrasse, sans que l’on puisse l’arrêter.

Il faut se sécher, se changer et redevenir adultes, reprendre nos rôles respectifs. Il faut mettre ce moment de côté et recharger notre cerveau de tous les tracas de la vie quotidienne, de tous les impératifs que l’on doit suivre. Elle doit retourner à Paris, je dois retourner chez moi, étendre mon linge, rédiger et envoyer mes CV, nourrir le petit et le coucher.

On s’assoit ma sœur et moi. Une dernière fois. On se regarde, avec ce sourire indéfectible au coin des lèvres.

On se regarde et l’on se dit que l’on aurait voulu que ce moment dure au moins mille ans. 

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