Publié dans Le parcours du combattant, Papotage

Témoignages de Paranges : Survivre au Deuil Périnatal – Jessica

Et voilà, nous arrivons au terme de ces quelques jours de sensibilisation au deuil périnatal. J’y tenais, nous l’avons fait, grâce à toutes ces Mamanges qui ont bien voulu se prêter au jeu de la plume. Ca n’a pas été facile pour elle, car écrire fait souvent remonter des tas de choses enfouies au fond de nous, mais en même temps, écrire procure un bien fou. Leur prêter le blog, le temps d’un témoignage, a permis, je l’espère, de sensibiliser quelques personnes à ce terrible fardeau que certains parents peuvent rencontrer dans leur vie et qui ne les quittera jamais.
Je tenais donc à tous vous remercier d’avoir pris le temps et d’avoir eu le courage de les lire, car je sais pertinemment que lire ce genre de témoignage n’est facile pour personne, même pour moi, qui ait vécu la perte d’un enfant. Je vous remercie donc du fond du coeur.

Pour ce dernier témoignage, je laisse la place à Jessica, une jeune maman qui a dû faire face à la perte de son petit ange Kiliana… Cette histoire raisonne tout particulièrement en moi, puisque Léonie était atteinte de la même pathologie.

Voici son histoire…

Je m’appelle Jessica, j’ai 24 ans. Avec mon compagnon, nous sommes parents de Keryan 29 mois et paranges de Killiana.

Après 8 mois d’essais, le test est enfin positif en avril. A la première échographie, bébé va très bien. Il bouge énormément et suce même déjà son pouce .

Le 26 août, nous avons rendez-vous pour la deuxième échographie. Nous allons enfin savoir le sexe de notre bébé, allons-nous dire « il » ou « elle »?
La
 sage femme pose la sonde sur mon ventre. Elle regarde la tête de notre bébé et arrête tout subitement. Elle sort de la salle sans un mot.
Je regarde mon conjoint abasourdie, je ne comprends rien. Elle revient quelques minutes plus tard, repose la sonde sur mon ventre, s’arrête de nouveau, et nous dit, « bon y a un problème, je ne sais pas comment vous le dire mais votre bébé a un spina bifida myelomeningocele très étendu ».
Je sais que c’est grave. Les larmes coulent sans cesse, je sais que nous allons perdre notre bébé. Je demande quels sont les risques majeurs de cette maladie, et elle m’explique qu’elle ne pourra jamais marcher, ni parler, être propre, tout ceci s’accompagnant d’un gros retard mental.

La sage femme nous demande si l’on veut connaître le sexe de ce bébé. Nous attendions un petite fée et le monde s’écroule ….

Je pleure énormément durant cette semaine tout en continuant de m’occuper de mon petit garçon, qui lui aussi est très touché de nous voir comme ça. Il nous répète qu’il est triste. J’essaie tant que possible de lui expliquer que sa petite sœur est très malade.

Nous sommes envoyés à Marseille une semaine après cette horrible annonce. Une semaine où nous avons été livrés à nous-même, lâchés avec cette terrible nouvelle… Mon conjoint me dit de garder espoir, que l’on verra là-bas le degrés de la maladie. Je prie pour que l’on découvre que ce n’est pas si grave que ça en a l’air ou que toutes ses malformations disparaissent. On espère juste un miracle.

Nous voilà donc à Marseille, en salle d’examen, on ne nous dit pas un mot. Je regarde attentivement cet écran. Tout paraît si normal, ses petites mains, ses petits pieds, son cœur qui bat très bien, mais non, le spina bifida est trop étendu. Les lombaires sont touchées et la moelle épinière est à vif. Son cerveau est noyé par du liquide rachidien. Il y a beaucoup de lésions cérébrales et son cerveau commence à descendre dans la colonne.

C’est bien trop important pour un si petit bébé.

La décision est prise, notre puce ne risque pas de survivre à l’accouchement.

Nous sommes anéantis. 

Durant ses 5 jours, beaucoup de larmes ont coulé. Nous cherchons une autre issue. On tente de se rassurer sur notre choix, on recherche du soutien mais  on ne sait plus vers qui se tourner.

Le dimanche 7 septembre, je rentre à l’hôpital pour l’accouchement. On me donne une petite chambre individuelle avec vu sur la crèche. Je craque. Le lendemain, on m’emmène au bloc après m’avoir posé une perfusion de morphine. Mon conjoint doit sortir… Je devrais être seule quand ils arrêteront le cœur de notre fille. Ils me font trois injections. Je pète littéralement un plomb. Je pose ma main sur mon ventre. Quelque chose a changé. Je la stimule mais rien. Je demande à mon conjoint de la réveiller car lui y arrive. Je secoue mon ventre, en vain.

Quelques heures plus tard, je me réveille, je retrouve mes esprits comme après un gros cauchemar. Quelques temps après, je me rends compte que je ne sens plus ma fille bouger. Ma fille est morte. 

J’appelle ma mère pour la rassurer, elle me passe notre fils, l’entendre me fait du mal et du bien.

Le lendemain, les contractions arrivent. Le travail avance vite. Les calmants n’agissent plus. La sage femme m’examine et me dit que l’on doit passer en salle de naissance. On me pose de la péridurale, sans effets.

A 13h47 notre princesse Killiana est née sans vie, dans le plus grand des silences.

On ne nous la montre pas de suite a cause de ses malformations.

L’anesthésiste revient me voir et me demande si je suis heureuse. Il n’avait pas lu mon dossier.

On nous amène notre fille, elle est si belle, elle ressemble beaucoup a son grand frère. Je l’observe. Chaque détails compte. Je touche ses minuscules mains de bébé de 6 mois de grossesse. Je sens sa joue toute froide, ça peut paraître bête; mais, ça m’a surprise malgré tout….
Papa la prend aussi, et pleure beaucoup, c’est dur pour lui aussi.

En retournant dans ma chambre j’entends les monitos des chambres voisines et les cris des enfants de la crèche. Neutre et perdue, je suis le mouvement.

En sortant de la maternité, nous sommes allés reconnaître notre fille à la mairie puis aux Pompes funèbres. Imaginer ma fille dans un cercueil est vécu comme un autre coup de poignard.

Arrivée à la chambre mortuaire, ma mère est avec nous, un bouquet de fleurs blanches a la main. J’ai écrit une lettre pour elle ou je lui répète pourquoi nous avons dû faire ça et à quel point nous l’aimons et à quel point elle nous manque. Je lui raconte son histoire, notre histoire a tous les 4.

Je craque en voyant ce si petit cercueil blanc. C’est dur, ça fait si mal. Je présente Killiana à notre fils. Il demande à ce qu’on l’approche et se penche sur sa sœur, la recouvre comme il faut et lui dit qu’il l’aime.
Ce moment a été l’un des plus douloureux, de voir mon fils veiller sur sa sœur ainsi, mais aussi parce que je ne verrai plus ma fille qu’à travers des photos. 

Il est l’heure de sceller le cercueil, je panique. On récupère son bracelet de naissance et ils l’emmènent. Arrivés au crématorium, nous nous recueillons une dernière fois.

Voilà mon histoire, notre histoire a tous les 4. Nous avons agit au mieux. L’état de notre puce était grave mais nous souffrons énormément de sa perte…

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16 commentaires sur « Témoignages de Paranges : Survivre au Deuil Périnatal – Jessica »

  1. Quelle épreuve 😦 mais il n’y avait pas d’autre choix possible…
    Courage à Jessica et sa famille, qu’ils retrouvent le goût de la vie mais n’oublient jamais leur petit ange Killiana.

  2. Que de larmes dois-je retenir à cette lecture!
    Merci d’avoir eu le courage de partager avec nous votre si immense peine…
    Les échos sont la plupart du temps vécues comme de grands moments de joie mais elles peuvent aussi être des drames.
    Je pense à vous toutes!

    1. Je te confirme. Les échos sont devenues pour moi une véritable cauchemar et pour Zarico je les appréhendais, j’en fais de terribles cauchemars, je me souviens même avoir fait une crise de panique à l’écho des 22 SA dans la salle d’attente…

  3. Bonjour Jessica
    Ton témoignage a fini de m’achever, il est très bien écrit, et j’ai ressenti tout ce que tu y décris. J’ai froid, je tremble et j’ai des noeuds à la limite de nausées dans l’estomac d’imaginer la douleur que vous avez ressenti pendant ces long jours, et encore maintenant. Je te remercie beaucoup de faire que votre petit ange vive par vos mots, de faire partager ce que vous avez vécu. Je sais à quel point ça peut être extrêmement éreintant de revivre ces moments, mais à quel point vos récits peuvent faire du bien à ceux qui le vivent ou l’ont vécu. Merci et je t’envoie toutes mes plus affectueuses pensées, ainsi qu’à votre fils et à votre petite fille là haut.

    1. Merci de ton message qui me touche au plus profond. La perte d’un enfant ne devrait jamais être vécu. On ne s’en relève jamais vraiment. Mais en parler fait le plus grand bien, et de voir que ça aide certaines personnes me conforte dans mon choix de libérer ce tabou autour du deuil périnatal. Je t’envoie des milliers de bisous en espérant te recroiser sur le blog.

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