Publié dans Le parcours du combattant

Témoignages de Paranges : Survivre au Deuil Périnatal – Virginie et l’Ange Ilian

Virginie est une maman que j’ai rencontré par hasard sur Twitter. Nous n’étions jamais censées nous croiser. Seulement voilà, un point commun a fait que nos chemins se sont croisés. Virginie a également perdu un enfant…

Voici son histoire…

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Je me présente, Virginie, 35 ans (bientôt 36). Je suis mariée et j’ai 4 enfants, Ilian, Adil, Amel et Isaq. Nous habitons en région parisienne.

En 2003, à un mois de notre mariage, j’ai arrêté la pilule. Nous voulions fonder une famille, 2 bébés au programme.
Été 2004, une année d’essais bébé passe, toujours pas de grossesse, cependant, ma gynécologue ne s’inquiète pas plus que ça. J’ai perdu ma maman cette année là, et le chagrin a peut être joué un rôle dans la non réussite du « ++ » tant attendu.

Été 2005, après 2 ans d’essais infructueux, ma gynécologue nous dirige vers un cabinet spécialisé dans les problèmes de fertilité. Nous passons alors une batterie de tests, des moments pénibles. Au final, le diagnostic tombe. Il s’agit une anomalie chromosomique du côté de mon mari, anomalie qui diminue fortement le nombre de spermatozoïdes. Nous devons passer par la FIV-ICSI pour espérer vivre enfin une grossesse.

Janvier 2006, c’est la première FIV, un premier échec douloureux, physiquement, moralement et financièrement.

Été 2006, deuxième FIV soldé par un deuxième échec… C’est trop dur, on souffre trop, on ne se reconnait plus, aigris, jaloux, malheureux, on arrête tout.
Après de belles vacances en Crète, un retard de règle me fait penser à l’inimaginable pour nous! Pourtant, c’est bien ce que je découvre en octobre 2006. Énorme surprise, joie immense, je suis enceinte, naturellement !

La grossesse se déroule super bien, et bébé est prévu pour le 6 juillet 2007.

Nous décidons de garder la surprise du sexe pour le jour de la naissance et commençons à aménager sa chambre, remplir son armoire, nous sommes heureux et insouciants.

Un jour de juin, un lundi je me souviens, je me couche avec un sentiment bizarre. Ça faisaitt un petit moment que je n’ai pas senti bébé bouger. Vers 1h du matin, je me réveille en sursaut. Je ne le sens vraiment plus bouger, lui qui gigotait tant la nuit. On appelle la maternité, en expliquant qu’on est un peu inquiet. Ils nous disent de venir, que vers la fin de la grossesse bébé bouge moins et qu’on peut venir vérifier que tout va bien.

Je suis à 37 SA.

Nous arrivons à la maternité, il est 2h00 du matin et notre vie va changer, nous allons bientôt sombrer dans le pire cauchemar qui soit.

Une sage femme nous conduit en salle d’examen, elle pose les sondes du monitoring sur mon ventre mais n’arrive pas à capter de battements.

Elle sait déjà.

Elle va chercher le médecin. Moi bêtement je lui ai dit que j’avais mis de la crème avant de me coucher, que c’était peut être ça qui faisait qu’on n’entendait rien…

Le médecin arrive, il prend l’appareil à échographie et le pose sur mon ventre. Il dit à mon mari de venir près de moi, il était resté un peu en retrait.
Et là, le médecin nous dit « Je suis désolé, il n »y a plus d’activité cardiaque, votre bébé est décédé. »

C’était la fin de ma première vie…

Je ne pourrai pas dire que j’ai vécu le deuil de mon fils, je l’ai subi, je l’ai violemment subi.

J’ai vraiment eu l’impression que mon cœur avait éclaté en mille morceaux. Ou que quelqu’un l’avait pris dans sa main et l’avait écrasé jusqu’à ce qu’il explose.
3 jours après l’annonce du décès, après diverses tentatives de déclenchement d’accouchement à la maternité, mon fils est enfin né. Accoucher dans les pleurs et le silence, je ne le souhaite à personne. C’est le pire moment que j’ai eu à vivre.

Pendant toute cette semaine là, mon mari a tout gérer. Il s’est occupé d’annoncer la triste nouvelle à nos proches, de régler les papiers, de préparer l’enterrement.
Je ne sais pas où il a trouvé la force de le faire.
C’est le meilleur homme qui soit sur terre, le meilleur papa pour mon ange et mes bébés espoirs.

Le deuil a commencé après l’enterrement. Je ne voulais voir personne, je voulais rester à la maison toute seule et dormir. Quand je dormais, j’oubliais la douleur.

Et chaque matin au réveil la vérité revenait, implacable.

J’ai terminé mon congé maternité, j’allais très souvent au cimetière, on mettait plein de fleurs, et je pleurais. J’ai commencé à fréquenter un forum, « Nos petits anges au Paradis ». J’y ai rencontré plusieurs mamanges, nous sommes devenues proches, très proches même avec l’une d’entre elles, et je pense que c’était la première partie de ma guérison.

La deuxième partie ça a été la grossesse de mon bébé espoir. Je suis tombée enceinte 18 mois après le décès d’Ilian. Nous étions très heureux, notre ange veillait sur nous, tout irait bien. Comme nous n’avons pas su ce qui était arrivé à Ilian, la grossesse a été très suivie et on m’a déclenchée au même terme.
La naissance d’Adil nous a réconcilié avec la vie.
Nous avons toujours beaucoup parlé de notre ange à Adil, nous sommes allés à plusieurs Fêtes des Anges avec lui, il connait son histoire, parle de lui et quelques fois il nous dit qu’il lui manque. C’était très important pour nous qu’il ait sa place à part entière dans la famille et la fratrie.

Et 6 ans après la décès d’Ilian, je suis à nouveau tombée enceinte, de jumeaux cette fois ci ! Amel et Isaq sont nés en octobre 2013. Pour des parents qui ne pouvaient pas concevoir à la base, c’était assez incroyable ! Une grossesse deux fois plus suivie, deux fois plus stressante mais deux fois plus forte.

Comment ne pas y voir un message de notre ange gardien, une façon pour la vie de nous dire « PARDON »…

Je pense que mes grossesses espoirs m’ont sauvée, comme la rencontre de mes amis qui ont perdu leur petit garçon 15 jours après nous.

Sentir la vie revenir après la mort d’un bébé, c’est un mélange de sentiments, de la peur et de la joie, de l’angoisse et de la confiance… Et être soutenue et comprise par des gens qui ont vécu exactement la même chose m’a fait le même effet.

Maintenant, j’ai beaucoup moins mal. Je pleure encore quand je pense à lui, ou comme ici quand j’écris son histoire, mais c’est de plus en plus rare. Quand je pense à lui, j’ai un petit sourire dans le cœur, car je sais que je le retrouverai un jour. En attendant, je suis heureuse avec ma famille incomplète, nous ne l’oublions jamais, quand je pense à mes enfants ils sont toujours au nombre de 4. J’en parle à qui je veux, je partage son histoire qu’avec les gens que j’estime capable de comprendre. Je culpabilise beaucoup moins qu’avant de parfois répondre sans le compter dans le nombre de mes enfants. Et surtout, je profite de chaque instant car je sais que tout peut basculer du jour au lendemain.

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2 commentaires sur « Témoignages de Paranges : Survivre au Deuil Périnatal – Virginie et l’Ange Ilian »

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