Publié dans Le parcours du combattant

Témoignages de Paranges : survivre au deuil périnatal – Justine

Aujourd’hui, j’accueille Justine (Mère indign(é)e), une maman blogueuse qui, comme tant d’autres malheureusement, a dû faire face à la terrible perte de son enfant.

Voici son histoire…

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Tout d’abord félicitations pour ce blog, qui résonne à mes oreilles de par sa justesse et sa sincérité. Merci aussi pour cette belle initiative de mettre le deuil périnatal et les paranges à l’honneur.

 Donc moi c’est Justine, 35 ans (j’allais écrire 34 mais, si, j’ai passé le cap…), je suis maman d’une ado de bientôt 15 ans, d’un jeune loulou de 4 mois 1/2 et mamange de sa sœur jumelle.

Cette grossesse c’est une longue histoire. Déjà parce qu’elle est issue de 5 ans, d’abord d’essais puis de parcours du combattant en PMA. La dernière fécondation in vitro nous a amenés la plus belle des nouvelles fin septembre de l’année dernière.

Un mois plus tard, alors que je pensais à une nouvelle fausse couche (mon parcours PMA m’avait apporté deux grossesses soldées par une fausse couche et une grossesse extra-utérine), un séjour aux urgences m’apprend que nous n’attendons pas un, mais deux bébés. Je suis aux anges, papa est perplexe, il a toujours voulu un seul enfant. Mais nos difficultés étaient telles que nous avions pris le risque.

 La grossesse se déroule bien pour les bébés qui évoluent bien. Nous découvrons à la deuxième échographie que nous attendons un petit gars et une petite fille. Mon rêve ! De mon côté elle ne sera pas de tout repos avec trois hospitalisations, un problème neurologique (sans gravité ni lien), du diabète gestationnel et une chute deux semaines avant la date programmée de la césarienne. Durant ces presque 9 mois, ce qui m’aide à tenir c’est de me dire « tant que c’est moi qui cloche et pas les bébés, ça ira ».

 Malgré ces aléas, l’accouchement est prévu à 38 semaines. Mais à 37SA+3, lors d’un monitoring de contrôle, la sage-femme n’a pas trouvé le cœur de ma belle, mais nous n’étions pas encore affolés. Direction les urgences persuadés qu’une échographie nous rassurerait.

Ça n’a pas été le cas.

Une césarienne en urgence est lancée, sous anesthésie générale car je suis sous traitement anticoagulant. Tout va très vite et ma seule pensée se résume à « c’est un cauchemar je vais me réveiller ».

Je me suis effectivement réveillée mais de la césarienne et on m’a présenté la photo de mon fils, pas celle de ma fille. C’est là que j’ai pris conscience qu’elle était vraiment morte. Nous avons appris que ma petite Ange était partie un ou deux jours plus tôt, suite à une thrombose du cordon.

Étonnamment, les premiers temps je l’ai plutôt « bien vécu ». J’ai été très triste bien entendu. Mais mon fils a été hospitalisé et d’autres soucis ne m’ont pas laissé le temps de m’apitoyer, ni de trop réfléchir.

Quand on me demandait comment j’allais, je faisais « la forte ». « Ça va, ça aurait été pire si je l’avais tenue dans mes bras » ou « J’ai la chance d’avoir son frère ». Et bien non ce ne sont pas des chances et j’ai tous les droits d’être malheureuse, je regrette tous les jours de ne pas avoir pu la tenir 2 minutes en vie entre mes bras et regarder son frère me rappelle son absence.

Plus les difficultés se sont apaisées, plus cela a été difficile. Au début je pensais « ça n’a pas eu lieu, je vais me réveiller enceinte ». Le temps passe et il m’arrive encore d’avoir cette pensée qui devient une volonté. Le retour de bâton est toujours difficile.

J’ai longtemps eu l’impression de continuer à la sentir bouger et ça me rassurait un bref instant.

Il y a aussi, avec le temps, certaines prises de conscience difficiles. Ma fille n’a pas d’acte de naissance, seulement un acte d’enfant né sans vie. Je l’ai très mal vécu avec le recul.

J’ai aussi dû faire le deuil de la gémellité en tant que mère mais surtout pour mon fils, qui va grandir avec un manque que je ne pourrai jamais combler et que personne ne peut vraiment comprendre.

 J’ai pu m’en sortir grâce à mes proches. Mais aussi grâce au papa hors du commun qui a tout géré malgré sa douleur belle et bien présente, ma grande qui a pris sur elle et avec qui je n’ai jamais eu peur d’en discuter.

Et son frère bien sûr pour qui j’ai tenu la tête hors de l’eau, pour qui je me bats tous les jours.

Une super copinaute qui est devenue une amie mamange aussi hélas, que j’ai connue sur le forum Jumeaux et Plus et avec qui j’ai partagé énormément depuis ce jour, à qui j’ai confié plus qu’à quiconque et qui m’a permis d’être moi-même.

Aujourd’hui, il y a des hauts et des bas. Je vis, je souris, je ris. La majeure partie du temps ça va. Mais une pensée, un souvenir, viennent souvent me submerger.

Restent beaucoup de tristesse et un fort sentiment d’injustice et d’incompréhension. Pourquoi? Comment? Aurait-on pu y changer quelque chose? Autant de questions qui ne trouveront jamais réponse. Il faut que j’en prenne mon parti.

D’un naturel anxieux cela en devient presque maladif. J’angoisse de tout quand il s’agit de mes enfants, parfois c’est incontrôlable.

Je ne veux surtout pas qu’on l’oublie, qu’on fasse « comme si de rien n’était » alors je parle d’elle, j’écris aussi sur elle sur mon blog.

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Un commentaire sur « Témoignages de Paranges : survivre au deuil périnatal – Justine »

  1. Ca me déchire toujours autant de savoir qu’une femme si chouette que toi vit ce drame en plus du parcours du combattant qui a eut lieu avant. Ta puce existera toujours à travers vous.

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