Publié dans Le parcours du combattant

Témoignages de Paranges : survivre au deuil périnatal – Elodie et ses Anges Clara et Océane

C’est un nouveau témoignage que nous allons découvrir aujourd’hui. Le témoignage d’Elodie, une maman qui a vécu un deuil périnatal. Elodie est une Maman(ge) courage, une maman pleine de de force, une mamange qui a dû laisser partir ses deux merveilleuses petites filles.

Voici son histoire…

ruban

Je m’appelle Elodie, j’ai 25 ans. En couple depuis bientôt dix ans avec chéri, nous avons, depuis des années, cette envie de fonder notre famille. Des années que nous nous raisonnons en essayant d’attendre la meilleure situation possible pour bien accueillir cet enfant tant désiré.

Octobre 2013, nous sautons le pas.
Je finis ma plaquette et nous nous lançons enfin dans l’aventure des essais bébés. Deux cycles auront suffit. Nous sommes le vendredi 6 décembre, et la deuxième barre apparaît pour notre plus grand bonheur sur le test. Comme nous sommes heureux !

Un bonheur sans limite, inconditionnel !

Deux mois après, nous voilà à la première échographie. Un peu angoissés mais aussi très pressés ! Nous ne nous attendions pas du tout à cela mais voilà que l’échographiste nous demande, en posant la sonde sur mon ventre, « Il y a des jumeaux dans la famille ? ».
Nous regardons l’écran, abasourdis, et nous voyons nos deux bébés sur l’écran, côte à côte. Beaucoup de choses se sont passés dans nos têtes mais une fois à la maison, nous étions déjà sur notre nuage ! Deux enfants d’un coup ! Ce sera sans doute difficile, il faudra s’organiser, faire très attention à notre budget mais on y arrivera.

Et surtout, on les aime déjà, ce sont « nos Jujus d’amours ».

J’ai un suivi adéquat dans le cadre d’une grossesse gémellaire. Les semaines passent. Tout va bien. Nous apprenons que j’attends deux petites filles. On décide très vite des prénoms, elles s’appelleront Clara et Océane.

Nous voilà à un examen mi avril, tout va bien. Mon médecin me dit que j’ai un « col de compét » pour une grossesse gémellaire. Malgré un gros ventre et une sciatique tout se passe bien. Je reste beaucoup allongée à me reposer et prends toutes les précautions pour que tout se passe bien. J’ai bien conscience des risques de complications et de prématurité pour une grossesse gémellaire…

Malheureusement, la vie en a décidé autrement pour nous quatre.

Le vendredi 25 avril, nous filons aux urgences car je perds du liquide amniotique. Je suis hospitalisée.

Rien à faire, les contractions commencent dans la nuit. Elles augmentent en intensité et deviennent douloureuses dans la matinée.
Mon chéri est là, il veut appeler le personnel. Je lui dis « Non ! Je ne veux pas accoucher ». Je veux tenter le tout pour le tout et parler à mes filles pour qu’elles restent encore au chaud. Je veux me préparer et profiter encore de leurs petits coups en moi.

Je ne suis qu’à 23+6SA et je sais que si j’accouche, on ne pourra pas les prendre en charge.

Évidemment, l’amour ne suffit pas dans une telle situation et la douleur est insupportable.

Un sage femme arrive, je suis dilatée à 4. Il est 13h50. On me descend en salle d’accouchement. Je hurle. Je pousse trois fois, il est à 14h19 et Clara arrive en poussant un cri. Le travail s’arrête, je me repose. On me perce la poche d’Océane. Les contractions reprennent, je pousse à nouveau trois fois. Elle arrive à 15h04. Elles respirent toutes les deux sans assistance.

Je les demande sur moi.
Je veux les garder jusqu’au bout, hors de question qu’elles partent toutes seules. Chéri est toujours là. On reste tous les quatre. On les apprend par cœur et on leur dit à quel point on les aime et qu’elles sont belles…

A 17h25, leurs cœurs s’arrêtent, en même temps…

Cet au revoir là sera définitif…

Au revoir mes amours, Papa et Maman vous aiment de tout leur cœur.

Merci d’avoir vécu, merci de nous avoir permis de nous rencontrer…

Les semaines et les mois qui ont suivi ont tout simplement été un enfer… Avoir les suites de l’accouchement sans ses enfants. Choisir les modalités des pompes funèbres. Ranger la chambre qui était déjà terminée. Annoncer à nos proches que nos filles sont décédées après seulement quelques heures de vie…

J’ai essayé de lutter, puis j’ai compris que je n’y arriverai pas. Il fallait que je me laisse le droit et le temps d’aller mal, que je sombre pour pouvoir remonter.

Heureusement, notre couple est fort et solide et nous avons beaucoup veillé l’un sur l’autre. Notre amour nous a beaucoup aidé à avancer.

On a pu aussi être blessé par certaines réactions ou le fait que les gens étaient touchés par notre chagrin à nous et pas forcément par le décès des filles.
Mais, nous, nous sommes là et elles, elles sont mortes !

Elles ne feront jamais leurs premiers pas, ne joueront jamais, ne connaîtront plus l’amour que nous avons toujours à leur donner. J’ai besoin que mes filles soient reconnues comme des personnes à part entière.
Elles ont une histoire, certes courte, mais une histoire quand même. Elles ont existé et vivent toujours à travers l’amour de notre couple.

Pour commencer à sortir la tête de l’eau, j’ai trouvé des outils qui me permettent d’extérioriser mes sentiments pour aller un peu mieux. J’écris beaucoup à mes filles. J’en parle aussi très souvent et très librement. On leur rend hommage de toutes les manières possibles pour continuer à les faire exister. Je discute beaucoup sur des groupes ou forums de Mamanges.
Puis nous nous sommes fait tous les deux tatouer leurs prénoms sur le poignet. Enfin, nous allons régulièrement les voir au cimetière.

Ce qui m’aide le plus à avancer dans mon deuil de « Mamange », c’est de me servir de cette force qu’elles m’ont laissé. Une sorte de force invisible me parcourt aujourd’hui de la tête au pied et je sais que ce sont mes filles qui me poussent.

Je n’oublierai jamais, je ne passerai jamais à autre chose.

En revanche, je tente jour après jour d’apprendre à vivre avec ce vide et cette douleur qui feront toujours partie de mon cœur, ma tête et de mon âme. Je sais que j’ai changé profondément. Voir mes filles passer de la vie à la mort sur moi en peau à peau, m’a profondément changée.

J’essaie également, à mon échelle, de permettre aux gens de comprendre ce qu’est le deuil périnatal et d’entourer au mieux les parents qui y sont confrontés. Pour ce faire, je tiens un blog où je parle de l’histoire de mes filles, de mon expérience : www.letempsdelattente.fr

Merci de m’avoir lue.

Merci à Mumcha de rendre ce drame visible et de nous permettre un lieu d’expression.

A Clara et Océane, les amours de ma vie. Merci d’avoir fait de moi une mère, d’avoir fait de nous une famille.

1391718_10151783202358702_1352354008_n

Publicités

13 commentaires sur « Témoignages de Paranges : survivre au deuil périnatal – Elodie et ses Anges Clara et Océane »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s