Publié dans Le parcours du combattant

Témoignages de Paranges : Survivre au Deuil Périnatal – Lili Lovergnate

Pour ce nouveau témoignage, tu vas découvrir une Mamange, Lili, du blog Lovergnate. Tout comme Natte qui s’est confiée hier, je ne la connaissais pas. C’est ce terrible point commun, qu’est le deuil périnatal, qui nous a rapproché…

Voici son histoire…

ruban

Je m’appelle Lili, j’ai 31 ans, je viens d’Auvergne. Je partage ma vie depuis 15 ans avec un homme formidable. Nous sommes parents de deux enfants, une fille de 12 et un garçon de 14 ans. Mais, aussi paranges d’un petit garçon qui a rejoint les étoiles il y a 6 ans.

Nous désirions un troisième enfant. J’ai arrêté la pilule, en été 2007 et en octobre, j’étais déjà enceinte.
Un bébé prévu pour juillet 2008. Les mois passaient et j’étais fière de pointer ce ventre rond. J’allais offrir un fils à mon compagnon et un frère à nos enfants. Ce fut une grossesse sans problème, je profitai pleinement de celle-ci. À ma visite du 7ème mois, tout aller bien à l’échographie, idem pour les prises de sang, aucun problème de tension, rien.

Quelques jours plus tard, le 3 mai 2008, je me souviens des moindres détails comme si c’était hier, une journée radieuse, le soleil au rendez-vous. 

Pour que les enfants profitent du beau temps, nous avons marché un peu l’après-midi et cueilli des fleurs à la campagne. En rentrant, nous sommes passés chez mes parents, mon ventre a commencé se durcir, comme des contractions. 

Première pensée, il arrive…

En arrivant chez moi, j’ai perdu une légère goutte de sang. J’ai donc fini de réunir nos affaires, sans oublier ce joli pyjama bleu acheté, quelques jours avant, par son père. Lorsque nous sommes arrivés à la maternité, l’atmosphère de la pièce était sereine malgré les 2 mois d’avance et ce furtif saignement.
Rien n’était près à la maison, mais cela n’avait pas d’importance. J’allais tenir mon fils dans les bras!

Mais le sourire de la sage-femme a peu à peu disparu, elle avait du mal à trouver le cœur, un battement mais.. Faible, beaucoup trop faibles. 

On m’a rassurée tout en appelant mon gynécologue en urgence. 

On m’a expliqué que je devais subir une césarienne, que je faisais un décollement du placenta, un hématome rétro placentaire, que mon bébé n’avait plus d’oxygène et qu’une poche de sang de la taille d’un melon grossissait dans mon ventre. 

À cet instant, ma vie, je m’en fichais, bien que j’étais moi-même en danger, je ne m’en rendais même pas compte, je voulais que l’on sauve mon bébé, je le répétais encore et encore jusqu’à m’endormir.
Mon chéri a vu entrer le lit de bébé puis ressortir vide, il avait compris… 

Mes premiers mots à mon réveil : « Mon fils où est mon fils? ». 

La réponse fut douloureuse, déchirante, je n’étais pas morte, mais c’était tout comme. On m’a apporté mon petit Ange dans son pyjama bleu enveloppé d’une serviette blanche, je l’ai tenu contre moi très fort, j’ai effleuré chaque parti de son visage, ses petites mains…, je lui ai parlé…

J’ai dû rester à la maternité quelques jours, loin de ma famille et juste à côté de tous les autres nouveaux nés, sans mon bébé.

Ce fut encore plus difficile. Le papa s’occupait des 2 grands et, en même temps, des préparatifs pour les funérailles, heureusement qu’il était là. 

Il a fallu l’annoncer aussi aux enfants, une épreuve en plus, pour eux, pour nous, ce fut terrible. Eux aussi étaient près à l’accueillir. 

À 24 ans, j’enterrai mon fils. 

J’ai vécu ce deuil comme une injustice, j’ai survécu avec difficulté. Je n’étais plus moi, le monde n’était plus le même, j’étais déconnectée complètement et remplie d’un énorme manque, de peine, de tristesse, de haine, de tellement de choses médiocres.
Je suis devenue hypocondriaque au fil des mois, des années.
Je me suis renfermée complètement à en oublier totalement mon couple. À mes yeux, je ne méritais rien de bien, car j’avais tué, tel était mon ressenti… J’ai longuement détesté ce ventre qui a donné la mort à ma chair, à mon sang. J’ai jalousé toute femme qui portait un enfant ou donnait la vie…

Pour m’en sortir, il m’a fallu du temps, beaucoup de temps.

4 ans avant de réapprendre à vivre. Heureusement qu’il y avait mon fils et ma fille ainsi que mon compagnon qui n’a jamais lâché ma main. Il a tenu prise, en plus de gérer son propre deuil. 

Mais, il y a eu ce truc, je ne sais pas, un déclic, un jour, comme cela. J’ai pris conscience qu’il fallait tourner une page, commencer un nouveau chapitre, sans pour autant oublier notre petit garçon. Il fait partie de moi, de nous, de notre histoire. Ne pas oublier ceux qui partent, mais ne pas oublier aussi ceux qui restent et réaliser la chance de leurs présences.

Aujourd’hui, il n’y a pas un jour où je ne pense pas à lui. J’ai toujours du mal à aller sur sa tombe, mais je pense qu’il est partout avec moi, pas besoin d’aller sur un lieu précis pour lui dire que je pense à lui, que je l’aime et qu’il me manque. Mais, ça va, je vais de l’avant, je vois l’avenir et c’est cela l’important.

1391718_10151783202358702_1352354008_n

Publicités

4 commentaires sur « Témoignages de Paranges : Survivre au Deuil Périnatal – Lili Lovergnate »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s