Publié dans Le parcours du combattant, Papotage

Y a pire…

« Y a pire », quand tu y penses, il y a toujours pire, c’est sûr.

Mais quand on est dans son histoire, dans son contexte, dans son malheur ou dans ses problèmes, non il n’y a pas pire.

Quand tout va mal, on ne peut pas voir plus loin que le bout de son nez. Je parle pour les gros coups durs de la vie hein (se casser un ongle fraîchement vernis ou se cogner le doigt de pied sur une coin du lit ne comptent pas, là oui, « y a pire! »). Non, là je te parle de moments dans la vie, où, tu demandes pourquoi cette chienne de vie s’acharne autant sur toi, pourquoi, ça tombe sur toi alors que jusqu’ici tu te disais que ce genre de choses ne pouvait arriver qu’aux autres…

Et encore, pour ma part, ce genre de choses, ne pouvait arriver à personne. Ce n’était même pas considérable.

Tu l’auras compris, encore une fois, je vais te parler de la perte de notre fille et de ce long mois qui m’a tant traumatisée, qui nous a tant traumatisés.

Je vais te parler de l’attente de l’IMG, de la fatidique décision, celle qui nous séparerait pour toujours de notre fille, et plus précisément de tout ce qu’on a pu entendre pendant ce mois.

De l’échographie à l’IMG, il s’est passé un  mois, tu le sais peut être, un mois de cauchemar, d’attente, de sensations ambiguës. Durant ce long mois, tu t’en doute, nous n’allions pas bien du tout, nous étions totalement pommés, au fond du gouffre à chialer toutes les larmes de notre corps sans arrêt.

Durant ce long mois, nous en avons entendu des choses, des gentils, des moins gentils, des lourdingues, des « patos », des silences aussi, de longs silences, des regards plein de pitié qui me rendait si âcre et si aigrie.

Les gens essayaient de nous rassurer ou au contraire ne comprenait pas du tout pourquoi nous nous mettions dans des états pareils, pour un bébé que nous ne verrions jamais.

Les « y a pire » on en a bouffé crois-moi, il y a eu des florilèges du genre :

– Le classique clair, net et précis « dis-toi qu’y a pire! »
Pire que quoi?

– Le je-mets-les-deux-pieds-dans-le-plat « tu sais y a pire dans la vie, vous referez d’autres bébés, de beaux bébés! »
Dois-je comprendre que celui-ci est moche?

– Le rassurant « y a pire, tu t’en remettras! »
Ok, dis-le si je t’emmerde

– Le je-te-fais-culpabiliser : « y a pire, tu sais, pense aux parents qui ne peuvent pas avoir d’enfants, toi au moins tu peur tomber enceinte! »
Ca va tout de suite mieux!

– Le « tu es jeune, tu en referas d’autres, y a pire! »
Ah ouf! Me voilà rassurée!

– Le « y a pire tu sais, au moins tu ne l’auras pas connu en vie… C’est pas comme si tu l’avais serrée dans tes bras, embrassée, etc. »
Non, ça je te l’accorde je ne la serrerai jamais dans mes bras…

– Le je-te-rassure-comme-je-peux-mais-plus-je-parle-plus-je-m’enfonce « non mais imagine, ils s’en seraient rendus compte à la fin de ta grossesse ça aurait été horrible, là au moins c’est tôt, enfin tu vois quoi… »
Ouai, en fait, j’ai eu trop de chance!

– Le côté pratique « Y a pire, c’est pas comme si vous aviez tout acheté, là au moins y a pas de regrets… »
Ok, alors toi tu fermes ta gueule (je n’ai pas trouvé d’autres réponses)

– le MUST? « y a pire, tu sais vous avez eu de la chance dans un sens, imagine qu’ils ne s’en soient pas rendus compte et que tu ais donné naissance à un handicapé… Vous ne vous seriez pas traîné un boulet à votre âge? »
Je vous l’avez dit celle-là à la palme!

Mais la meilleure revient sans doute à ma pharmacienne de l’époque, qui n’a pas trouvé mieux que de s’enfonçait davantage suite à une méga bourde… Contexte : après l’IMG on m’a prescrit des anti-dépresseurs que je me suis empressée d’aller chercher et ma pharmacienne de me dire « ah non mais je ne peux pas vous donner ça, vous êtes enceintes madame! »… Je tente de lui expliquer la situation entre deux sanglots et elle de sortir « ah pardon! Remarquez vous avez eu de la chance, j’ai eu des clientes où c’était pire, elles ont perdu leur bébé en fin de grossesse, là c’était tôt! »
NO COMMENT!

Il y en a eu de bien pires mais celles-ci je ne les ai pas retenues et je crois que ça vaux mieux. Je sais que ces phrases anodines ont été sorties comme ça, pour rassurer, pour consoler. Mais ces mots nous ont blessés très profondément et il m’arrive encore d’y penser, de me repasser ces phrases qu’on m’ont, n’ayons pas peur des mots, traumatisée.
Quand ces phrases viennent de gens que tu ne côtoies pas régulièrement, tu passes outre, enfin je pense, mais quand ça vient de ton entourage ou du corps médical censés te rassurer, tu te rends compte que les mots blessent et qu’ils laissent des traces pour le restant de tes jours. Quand j’y repense, en ces instant, j’aurais préféré des silences, que d’entendre ces phrases si terribles…

Je ne me plains pas, loin de là, je sais qu’il y a pire, je sais que ce ne sont que des mots, mais quand tout va et que tu es au plus bas, tu ne peux pas passer outre. Je me rends compte aujourd’hui que ces mots n’étaient pas là pour choquer, et que parfois même, ils étaient là pour rassurer ces mêmes personnes qui les déblatéraient.
Ce que je ne comprends pas, c’est ce terrible besoin de comparer tout le temps. Que ce soit dans le malheur ou non, les gens on toujours besoin d’y aller de leurs petites réflexions du « y a pire ». Oui, il y a toujours pire, non je n’avais pas besoin d’entendre ces mots là, pas à cet instant. Tout doit être comparé. Alors que l’on compare les enfants, ça a toujours été, et il faut faire avec, je le sais bien, mais quand j’ai entendu ces personnes (souvent les mêmes d’ailleurs) se sentir obliger de comparer notre malheur à celui des autres, je peux l’avouer aujourd’hui, ça m’a plus enfoncée qu’autre chose et j’en garde une colère et une aigreur dont, je crois, je ne pourrai plus jamais me séparer…

Alors si je n’ai qu’un conseil, qu’un seul petit conseil à donner aux personnes qui soutiennent des parents qui ont perdu leur bébé, ou qui ont des soucis pour en avoir, ou autre, ne comparez pas, au risque de vous taire, ne comparez jamais.

***

Ça peut te paraître saoulant ou même rébarbatif, mais quand j’ai crée ce blog, je m’étais dit, qu’un jour, il m’aiderait peut être à expier toute cette rancœur et cette tristesse terrée au fond de moi. Il m’aura fallu trois ans, trois longues années, pour réussir à en parler sans trop pleurer, ni m’énerver. Ce blog me sert énormément car je ne suis pas du genre bavarde ou à dire ce que je ressens. Je suis plutôt de celle qui se taise et qui garde bien enfouie ce qu’elles ont sur le coeur comme pour se préserver mais aussi de peur d’entendre ce que les autres ont a dire sur ce sujet…

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25 commentaires sur « Y a pire… »

  1. le « y a pire  » est justement ce qu’il y a de pire je trouve ! j’ai eu le droit à tu en as déjà 4 y a pire ! juste envie dans ces cas là de lui coller une grosse claque … je t’envois pleins de courage et de force car même si il y a d’autres enfants, on sait que cette douleur on la porte à vie .bisous

    1. C’est tout à fait ça… Et tu sais que l’autre jour quelqu’un m’a dit, parce que je n’avais pas le moral car nous sommes dans les dates anniversaires difficiles, que y avait pire, que j’avais réussi à avoir un enfant en bonne santé. Oui, mais non. Et le pire, justement dans ces moments là, c’est qu’en plus de la colère, tu ressens une immense culpabilité…
      Merci pour ton commentaire ❤

  2. Comment peut on sortir de telles âneries à des parents qui dont dans le désespoir!

    Il y a toujours pire mais perdre un enfant (qu’il soit né ou pas) est la pire chose qu’il puisse arriver.

    Je crois malheureusement qu’il y a beaucoup de gens méchants, stupides et très peu diplomates.

    De douves pensées à votre petit ange ❤

    1. S’il y a bien une chose que j’ai retenu de tout ça c’est que le genre humain peut parfois être bête et que plutôt que de se taire il doit toujours se la ramener au risque de faire plus de mal que de bien…
      Merci à toi de m’avoir lu ❤

  3. Je n’ai pas vécu cela, mais je comprends la douleur que vous avez du ressentir
    je pense que parfois les gens on cru « bien faire » en disant quelques paroles, mais on plus mis les pieds dans le plat qu’autre chose, il faut reconnaitre que certaines que tu nous écrit sont plus que maladroite 😦
    ce mois a du vous sembler long
    elle restera à jamais dans votre cœur, vos pensées et je suis sure qu’elle veille sur vous
    plein de bisous, j’espère ne pas avoir été maladroite dans les écrits

    1. Comme tu le dis je pense que ce n’était pas refléchi et encore moins pensé à mal, du moins j’aime à le croire, mais dans ces moments là tu ne peux plus faire la part des choses… En effet, ce mois a été interminable et chaque année ce mois est toujours aussi long avec de nombreux souvenirs qui reviennent à la surface…

  4. Les gens sont parfois maladroits quand ils essaient de réconforter. Mais quand on est au fond du trou, il y a des mots qui font encore plus mal et on se dit que les gens sont vraiment cons !
    Tu as eu raison d’écrire tout ça, et j’espère que de l’avoir fait t’aura fait du bien. S’apaiser ne veut pas dire oublier.

    1. Oui ça m’a fait beaucoup de bien et vos commentaires me font du bien aussi car ils me font relativiser. Je sais qu’aujourd’hui tout ça n’était pas dit dans un sens méchant mais que ces personnes devaient soutenir l’insoutenable et que dans ces cas là, il est toujours difficile de trouver quelque chose à dire! Je ressens beaucoup moins de colère aujourd’hui.
      Merci pour ton commentaire ❤

  5. des reflexions j’en ai pris aussi. et je partage ton sentiment. des fois les gens sortent ce genre de phrases car il ne savznt pas quoi dire. je te rejoins. Les gens, s’il vous plait, ne dites rien. un calin, c’est mieux que des phrases poignard qui te ramenent à ta peine.

  6. Pas vécu non plus mais révoltée quand je lis ça….les gens sont cons c’est grave. T’en as envoyé chier certains quand même ? ou plus le courage ?

    1. Je te dirai qu’à cette époque je m’étais terrée dans un silence de mort. Je ne parlais plus du tout, mais vraiment. Je laissais parler et les larmes coulaient toutes seules sur mon visage, en signe de protestations, mais personne n’a jamais rien compris, enfin pas celles-ci en tout cas, qui en plus, aujourd’hui, ofnt comme si toutes ces epreuves n’étaient jamais arrivées.

  7. Bien écrit et tellement vrai, tu m’en donnes la larme à l’oeil … et bah non y a pas pire quand on est dedans …

    1. Merci pour ton message. Tu sais comment ils peuvent être parfois. Ca ne m’empêche pas de bien les aimer mais ça a changé beaucoup de choses dirons nous…

      1. Oui je comprends, ça fait tellement mal que l’on ne peut jamais pardonner certaines paroles …

  8. Tu as eu droit à énormément de commentaires très blessants et déplacés. J’ai été confrontée à quelques uns d’entre eux mais rien d’aussi dur… C’est sûr les gens ne sont jamais préparés à une annonce du genre « notre bébé est mort » et ne savent pas quoi répondre. Bien souvent, un simple « Je suis si désolée » nous suffit mais non, certains se trouvent le droit d’en rajouter et c’est bien dommage. Ta pharmacienne, n’en parlons pas ! Douces pensées à ta petite Fée ❤

    1. Je crois que si j’avais pu je l’aurais massacrée. Pourtant je ne suis pas du genre violente mais je sortais à peine de l’hôpital pour « accoucher » et m’entendre dire ça, c’était comme remuer un couteau enfoncé profondément dans ma plaie!
      Douces pensées pour toi aussi et nos anges ❤

  9. ces phrases, ces remarques censées nous redonner le moral sont terribles….je ne les supportais plus. Merci à toi, les lire me fait comprendre que je ne suis pas seule à penser cela.
    ce parcours est difficile, surtout quand tout autour de soi, les copines tombent enceinte vite et n’ont aucun problème…. de mon coté, en quatre mois, même si je suis enceinte rapidement, je viens d’enchainer une IMG à 14sa (trisomie 13 libre), la perte de ma grand mère et une FC à 6Sa… comme l’impression que le sort s’acharne en 2015. Ton blog me fait garder espoir.

    1. J’ai vécu exactement la même chose que toi en 2011/2012, une IMG à 18SA puis une FC à SA quelques mois après, et d’autres soucis et tristes nouvelles sont venues s’ajouter à cela. J’ai cru que jamais je ne me relèverai, que ce serait impossible, que ce « fardeau », cette tristesse, cet anéantissement me suivraient pour le restant de mes jours. Puis, j’ai voulu faire une pause, penser à autre chose. Nous sommes donc partis en vacances, histoire de nous changer les idées, et là, un miracle s’est produit, mon Zarico est venu se loger au creux de mon ventre. Depuis, je ne vais pas te mentir et te dire que c’est tous les jours roses, mais la vie a repris son cours et les bonheurs simples, je peux t’assurer qu’on les savoure 1000 fois plus tant on sait que la vie est parfois vraiment injuste.
      Garde courage et si tu as besoin de parler ou de conseils ou autre, n’hésite surtout pas à me contacter par mail mumcha.stache@gmail.com

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