Publié dans Le parcours du combattant

Lettre à ma fille

3 ans, 3 longues années…

Ça paraît si loin mais si proche en même temps.

Tu pourrais me dire que non, que de toute manière je ne t’ai jamais vu, que j’aurais pu oublier presque facilement ou du moins « m’y faire » et continuer ma vie, en étant un peu triste mais en continuant. Et bien non, mon petit cœur…

Même si nous n’avons pas vécu bien longtemps ensemble, même si le sort en a décidé autrement, que je n’ai pu te serrer dans mes bras comme n’importe quel parent pourrait le faire, qu’il m’a été retiré le droit de te voir grandir et t’épanouir chaque jour que cette chienne de vie nous donne, je t’ai aimé dès que j’ai su que tu grandissais en moi et je t’aime toujours un peu plus chaque jour.

Personne ne peut comprendre. Beaucoup diront que j’aime un fantôme, quelqu’un qui n’a jamais existé, qui n’est même pas « né » mais comme tu le sais, je m’en fous, je t’aime, un point c’est tout.

Tu sais, c’est dur pour moi chaque jour de devoir vivre avec ça. D’aimer quelqu’un dont je n’ai jamais vu le visage, dont je ne connais pas le son de la voix, dont je n’ai jamais senti l’odeur. Alors souvent, je me perds dans mes pensées, je m’évade de ce monde et j’essaie de t’imaginer. C’est con, mais je ne peux m’empêcher de te voir en petite blonde frisée aux grands yeux bleus et au sourire enjôleur, une petite coquine gaie et débordante d’amour…

Tu sais aussi, que quand septembre arrive mon cœur se serre davantage. Tu le sais aussi bien que moi.

Tu sais que nous avions tout pour être heureux, ton père, toi et moi, des projets plein la tête, des plans sur la comète et l’amour prêt à déborder de tous les côtés. Nous étions prêt, ton père était tellement heureux, et tu sais que ce n’est pas le roi de l’expression sentimentale. Nous t’aimions déjà tellement alors que tu n’étais pas plus grande qu’une pâquerette, bien loin de s’imaginer ce qu’il allait se passer…

Comme tu le sais, j’ai bien du mal à célébrer mon anniversaire maintenant. Avant ce jour devenu presque funeste, j’étais une future maman heureuse. Une maman qui allait avoir une petite fille en parfaite santé, c’est ce que l’on m’avait dit… Et pourtant, deux jours après mes 23 ans, j’apprenais que non, je ne te tiendrai pas dans mes bras, que je ne passerai jamais la main dans tes cheveux, que je ne calerai jamais mon nez dans ta nuque pour y respirer ton odeur, que je ne te verrai pas grandir, ni souffler tes bougies. En un quart de seconde ma vie avait flanché, et depuis 3 ans, je me lève un peu plus triste, aigrie et malheureuse de fêter mon anniversaire, de devoir faire l’effort de sourire et de souffler sur ces maudites bougies qui me donnent juste envie de chialer. Ah! Si tu savais comme je dois me retenir pour ne pas qu’une seule goutte ne coule quand je les souffle ces saletés enflammées.

Le mois qui a suivi, tu le sais très bien aussi a été le pire des cauchemars pour moi, et sans doute pour toi aussi, mais ça je ne le saurai jamais. L’annonce de mon anniversaire ne me fait que replonger davantage dans ce cauchemar.

J’essaie juste de me rappeler les bons souvenirs parfois tu sais, comme la première fois où je t’ai vu sur l’écran de l’échographe, où tu gigotais, tellement belle et sereine. J’essaie de garder cette image et d’oublier toutes les autres horribles qu’on a pu me montrer. Je me remémore tous les projets que nous avions en tête avec toi.

Et surtout, je répète chaque jour ton prénom, ton si doux prénom que nous avions choisi avec tant d’amour. Ce prénom, nous l’avions choisi depuis des années avec ton papa, nous en étions surs. Ça remonte à nos premières vacances dans l’île de Ré. Une petite fille allemande, blonde aux yeux bleus, si joyeuse et si gentille, qui portait un nom si beau et si merveilleux. Nous nous étions mis d’accord déjà à l’époque, nous avions 17 ans!

Le plus grand regret de ma vie résidera toujours dans le fait que je ne pourrai jamais au moins une fois, même 5 minutes, te serrer dans mes bras , juste une fois, t’embrasser… Si tu me surveilles de je ne sais où, tu sais que j’écoute une chanson en boucle ces dernier temps, une chanson qui résonne en moi comme si je l’avais écrite… Par ces mots, je t’envoie tout mon amour.

Cette lettre est brouillon, ne ressemble à rien, mais tu le sais, je suis comme ça, brute de décoffrage et maladroite, le principal c’est que tu comprennes ce que je ressente pour toi et que l’on sache que non, je n’ai pas tourné la page, que non je ne t’oublierai jamais et que oui je t’aime parce que tu es mon enfant.

There’s a whole n’other conversation going on
Il y a une toute autre conversation en cours
In a parralell universe
Dans un univers parallèle
Where nothing breaks and nothing hurts
Où rien ne se brise et ne fait mal
There’s a waltz playing frozen in time
Il y a une valse qui joue figée dans le temps
Blades of grass on tiny bare feet
Des brins d’herbe sur de minuscules pieds nus
I look at you and you’re looking at me
Je te regarde et tu me regardes

Could you beam me up,
Pourrais-tu me téléporter,
Give me a minute, I don’t know what I’d say in it
Donne-moi une minute, je ne sais pas ce que je dirai à ce moment
Probably just stare, happy just to be there holding your face
Probablement juste te regarder, heureuse d’être là en tenant ton visage
Beam me up,
Téléporte-moi,
Let me be lighter, tired of being a fighter,
Permets-moi d’être plus légère, je suis fatiguée d’être une combattante,
I think, a minute’s enough,
Je pense qu’une minute est suffisante,
Just beam me up.
Téléporte-moi juste.

Some black birds soaring in the sky,
L’envol de quelques oiseaux noirs dans le ciel,
Barely a breath like our one last say
À peine un souffle comme dernière parole
Tell me that was you, saying goodbye,
Dis-moi que c’était toi, en disant au revoir,
There are times I feel the shiver and cold,
Il y a des moments où je ressens un frisson et le froid,
It only happens when I’m on my own,
Ça n’arrive que lorsque je suis seule,
I tell ya, tell me I’m not alone
Je te le dis, dis-moi que je ne suis pas seule

In my head, I see your baby blues
Dans ma tête, je vois ta tristesse
I hear your voice and I, I break in two and now there’s
J’entends ta voix et je, je me brise en deux et maintenant il y a
One of me, with you
Un peu de moi, avec toi
So when I need you can I send you a sign
Alors quand j’ai besoin de toi, puis-je t’envoyer un signe
I’ll burn a candle and turn off the lights
J’allumerai une bougie et éteindrai les lumières
I’ll pick a star and watch you shine
Je cueillerai une étoile et te regarderai briller

 A ma Léonie.

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24 commentaires sur « Lettre à ma fille »

  1. Tu est une maman exceptionnelle, belle déclaration, bisous je suis tout émue , quelle pute la vie est parfois.. Je t’envoie toute mes pensées les plus douces.

    1. comme tu dis, j’ai même hésité à l’écrire que cette vie est parfois une pute, mais bon je voulais rester correcte, pourtant c’est réellement ce que j’en pense! Merci beaucoup pour ton message qui me va droit au coeur!

  2. On en est toujours là hein? ces dates sur le calendrier qui ne s’effacent pas, cette méfiance envers la vie, cette aigreur et cette tristesse aussi malgré les bonheurs et les sourires nos loulous ca n’efface rien n’est ce pas?
    jolie lettre qui résonne…ça va paraître étrange mais ça me fait du bien, je suis sûre que tu comprends pourquoi 😉 bisous!

    1. Et oui ma Typh, on n’en sortira jamais malheureusement. Je me sens tellement aigrie et malheureuse, comme si il manquait quelque chose, tout le temps… Des bisous ma belle ❤

  3. Je t’envoie plein de pensées, ainsi qu’à Léonie. J’espère que tu pourras profiter de cette période difficile de l’année pour te sentir tout près d’elle. Xx

  4. Ma chacha quel douleurr et tristesse dns cette lettre mais tellement d amour aussi……cette chanson boulversante m en donne les larmes. Ttes mes pensees vnt vers toi vers vous…

    1. Merci ma Stef, tes mots me vont droit au coeur! Cette chanson me poursuit quand je l’écoute, je me concentre de toutes mes forces sur Léonie. C’est comme un lien, c’est peut être idiot mais c’est l’une des seules choses qu’il me reste…

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