Publié dans Le parcours du combattant

2 ans

Demain, ça fera deux ans.
Deux ans que notre vie a basculé…

Au début de ce blog, j’avais décidé de ne pas trop en parler car j’estime que les blogs sont faits pour rester assez superficiel.
Cependant, en cette journée internationale de sensibilisation au deuil périnatal, je me suis dit que c’était l’occasion d’exorciser en quelque sorte ce lourd rocher que je traîne depuis deux longues années maintenant.

Demain, ça fera deux ans que j’ai donné naissance à notre ange.
Demain, ça fera deux ans que je suis devenue « par’ange » comme ils disent, des parents sans l’être vraiment.
Demain, ça fera deux ans que nous avons perdu notre premier bébé mais aussi deux ans que ce long calvaire prenait fin.
Demain, ça fera deux ans que nous avons dû dire au revoir à notre bébé que nous n’aurons jamais connu.
Demain, ça fera deux ans que je ne suis plus la même.
Demain, ça fera deux ans que ma rage de devenir mère s’est décuplée.
Demain, ça fera deux ans que j’ai appris l’expression « deuil périnatal ».

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Il y a deux ans, à la même heure, nous étions dans la chambre d’hôpital comme deux couillons, avec M’sieur Stache, à essayer de regarder le même programme télé que ce soir d’ailleurs, pour essayer de nous changer les idées, en vain.

Il y a deux ans j’avalais ce putin de Cytotec afin de déclencher l’accouchement.

Il y a deux ans j’étais morte de trouille à l’idée de devoir perdre mon bébé, de devoir accoucher, de me sentir vide, étripée, de devoir l’abandonner, de devoir lui dire Adieu, alors que je ne lui avais pas encore dit bonjour.

Aucune mère, aucun père ne devraient connaître ça… Perdre un enfant est certainement la chose la plus horrible qu’il puisse arriver à un Être humain. Qu’il n’ai pas eu le temps de vivre, qu’il soit né sans vie ou qu’il soit parti trop tôt, ça ne devrait pas être permis.

Aujourd’hui, j’apprends à me reconstruire. Zarico est là et ça va beaucoup mieux. Mon bébé bonheur, c’est ma plus grande réussite, c’est la plus belle chose qui ait pu m’arriver mais ce soir j’ai mal au coeur et je suis triste quand je repense à toutes ces épreuves, quand je me dis que notre fille devrait fêter ses un an et demi, que plus personne (sauf exceptions) ne se doute que j’ai encore mal.

Trop de gens pensent que ce que nous avons vécu, M’sieur Stache et moi, n’était pas très grave, qu’il faut « tourner la page »… Ah! Cette maudite phrase, qu’est-ce qu’on a pu l’entendre et qu’est-ce qu’on peut encore l’entendre quand j’évoque le sujet (je vous passe outre les « tu n’as plus à y penser, il y Zarico maintenant! »). Peut être même que vous, en me lisant, ne comprendrez pas pourquoi je suis si triste?

Après tout, un enfant qui n’a pas vécu, qui le pleurerait encore deux ans après?

Peu de gens comprennent tout ça.
Mais qu’un enfant soit né ou non, qu’il ait vécu dans notre monde ou non, nous l’avons porté, nous l’avons aimé, nous avons fait des projets avec lui, nous avons imaginé tout notre avenir avec lui, il était notre principal préoccupation, il était au coeur de toutes nos conversations, nous l’imaginions, nous avions hâte de le rencontrer, de faire notre vie avec, de le voir grandir… Et, là, d’un coup, on t’annonce que non, tout simplement n-o-n ça ne sera pas possible.

Après avoir été un bout de viande pour la science, on  t’annonce dans la foulée qu’à une date précise, le 16 octobre 2011 pour ma part, bébé sortira de ton ventre 5 mois et demi en avance, que tu ne le connaîtras jamais, que tu n’iras pas au bout de ta grossesse, que tout « simplement » tout s’arrêtera, mais qu’il ne faut pas trop t’en faire, parce que tu es jeune et que tu en auras plein d’autres des bébés, qu’il faut « tourner la page », que « c’est mieux comme ça » – merci encore au corps médical pour sa grande compassion-.

Je ressens encore tellement de colère vis à vis de l’incompréhension des gens. Cette impression que le monde médical, que notre entourage a pris cet accouchement pour une simple petite appendicectomie.  « Maintenant, c’est fini, on n’en parle plus, faut passer à autre chose », « tu verras quand tu en auras un tout beau, tu n’y penseras même plus », « vous n’alliez pas vous traîner un boulet de toute manière? ».
Pourquoi les gens pensent-ils que ce n’était qu’une « chose » qu’on m’a enlevé, que ce n’était pas encore un bébé mais juste un fœtus, que je n’étais qu’à 4 mois et demi de grossesse. Il faut passer à autre chose, voilà tout ce qui compte.

Pourtant, deux ans après, même si j’ai beaucoup travaillé, même si ça va beaucoup mieux, je suis encore très triste. Triste et très coupable… La culpabilité d’une mère qui pleure un enfant qu’elle n’a pas pu serrer dans ses bras alors qu’elle serre très fort son petit bout de 6 mois qui lui sourit à grande bouche, la culpabilité d’une mère qui est morte de trouille de rendre triste ou malheureux son petit cagouillot parce qu’il pourrait se sentir « bébé de remplacement ».
Pour tout ça, j’aime mon fils deux fois plus fort. Je m’efforce chaque jour de le rendre deux fois plus heureux, d’être deux fois plus présente pour lui. Mon fils c’est ma Bataille, c’est ma vie. Et je ne remercierai jamais assez le sort de m’avoir foutue la paix et de m’avoir laissée donner le jour à un tel Amour.

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En cette journée internationale de sensibilisation au deuil périnatal, je vous prie de bien vouloir y réfléchir 5 petites minutes, sans pour autant vous mettre à la place des parents orphelins, imaginez la douleur que tout ça peut représenter.
Il est important que le tabou autour de ce sujet cesse. Parlez-en, témoignez, mais s’il vous plaît soyez ouverts sur le sujet! Faisons avancer les choses!

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24 commentaires sur « 2 ans »

  1. Très bel article Cha… D’autant plus que je viens malheureusement de passer plus ou moins par là aussi il y a trois semaines… Je n’étais qu’à 3 mois et demi, on m’a parlé d’une fausse couche (ce qui n’est pas tout à fait la même chose que le deuil périnatal si j’ai bien compris) mais ça reste très difficile. Je pensais que ça passait avec le temps, voir disparaissait à l’arrivée en chair et en os d’un autre petit bout, et finalement je vois que non. En même temps c’est tellement éprouvant physiquement et surtout moralement que oublier reste de l’ordre de l’utopie je crois…

    1. Je suis sincèrement désolée. J’ai également fait une fausse couche après la perte de notre premier bébé mais à un mois de grossesse.
      On peut parler de deuil périnatal à n’importe quel moment de l’arrêt de la grossesse. 3 mois et demi ce n’est pas rien, c’est 3 mois et demi avec ton bébé et 3 mois et demi à imaginer votre vie avec lui. Je comprends tellement ta douleur et ça me rend vraiment très triste d’apprendre ça.
      Malheureusement, je ne peux pas te dire que tu oublieras, tu apprendras à vivre avec, tu feras un autre bébé qui t’apportera joie et bonheur, qui sera le sens même de ta vie, mais tu n’oublieras jamais ce qui s’est passé avant.
      En tout cas, si tu as besoin de parler ou besoin de conseils, ou n’importe quoi d’autre d’ailleurs je suis là. De gros bisous

  2. Je n’ai jamais été mère, et pourtant, je comprends tellement ta douleur.. Quand on m’a enlevé l’utérus, je voulais le voir pour donner des noms à mes tumeurs.. Je comprends tellement que des mots à 2 balles, telle que « tourne la page », ne sont pas des mots qui guérissent quand on vit une douleur insurmontable qui nous brise et nous change à jamais.. Bon courage.. :o)

    1. Merci beaucoup pour ta compréhension… J’imagine à quel point ta douleur a dû être intense et je ne peux que comprendre. Il faut apprendre à vivre avec mais la douleur refait toujours surface malheureusement

    2. Ma Poupée, quelle surprise de te retrouver ici ! Je vous comprends toutes les deux, moi aussi j’ai perdu un petit ange après 4 mois de présence dans mon joli corps de jeune fille … 23 ans après je ne peut m’empêcher de me demander si cela aurait été une fille, un garçon, à qui ce petit ange aurait ressemblé ! Tant de questions non résolues. Alors que l’on ait eu la chance de devenir Maman ou non, il faut souvent beaucoup de courage pour surmonter ces épreuves.

  3. merci ma belle d’avoir publié un tel magnifique article, tu m’as fait pleuré. tu sais quand mon Lutin s’est arrêté de vivre pourtant a terme, on m’a bien dit « ce n’est qu’une fausse couche, des tas de femmes en font, c’est rien »
    nos Anges seront à tous jamais dans nos coeurs et en aucuns cas, nous ne sommes coupable de leur départ
    bisous

  4. Difficile de retenir mes larmes…et pourtant je la connais bien ton histoire, notre histoire à toutes 😦
    Bientôt 2 ans également qu’hugo est né sans vie. J’ pense chaque jour. Et à vos anges aussi qui l’entourent.
    Merci, on n’en parle plus trop sur le groupe, c’est normal, on est toutes très prises avec nos bébés, mais ce que ça fait du bien d’en parler un peu. De voir que pour les autres aussi c’est toujours aussi douloureux.
    Gros bisous à vous 2 pour cette journée difficile et douce pensée à ta puce.

    aussi c’est toujours aussi douloureux.

  5. Merci pour ce post J’ai tendance à refouler mon histoire et à me centrer sur notre combat pour avoir un autre enfant . c’est bizarre mais de te lire , ça me fait du bien car ça me rappelle que je l’ai été une fois, maman, même si ça s’est arrêté trop vite. je l’ai été quand j’ai entendu son coeur battre pour la première fois, je l’ai été quand j’ai senti mon petit bébé bouger dans mon ventre et je l’ai aussi été quand j’ai fait la connaissance de ce tout petit bébé dans son petit pyjama rose. Ce tout petit bébé dont je n’ai osé que caresser la main tellement il était petit et fragile. merci pour ce post car il me redonne un statut que j’avais oublié : celui de mamange. j’ai été et je reste maman de ce petit bébé. Merci

  6. Je ne peut qu’imaginer une infime partie de ta douleur, et elle me fait déjà mal au ventre… Plein de courage à vous deux, plein de pensées à votre ange.

  7. Je tombe par hasard sur cet article, qui me touche au delà des mots. Je connais cette culpabilité que tu décris. Je la vis encore aujourd’hui. Mais cela va mieux aussi, parce que j’ai en parler, et me sentir soutenue. J’ai également raconté mon histoire sur mon blog, cela m’a fait beaucoup de bien.( je mets le lien mais bon si cela te gêne tu peux l’enlever 😉 :http://gameofmomes.fr/2013/07/saison-2-episode-1-ceux-qui-ont-pris-une-decision-lourde-de-consequences.html
    En tout cas merci beaucoup et bon courage à toi. J’ai lu ton dernier article sur le burn out : je t’envoie plein de bonnes ondes pour virer les mauvais électrons. Bises.

    1. Je garde ton lien et le plussoie… Malheureusement, nous n’en parlons pas assez et se sentir soutenue et pas seule au monde fait le plus grand bien!
      Au plaisir de te lire encore et encore =)

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